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Accueil >>Métiers >>L’enseignement des langues vivantes

25 janvier 2007

"J’ai été professeur et je soutiens qu’il est aussi impossible d’apprendre une langue de la bouche d’un professeur public, parlant à vingt ou trente écoliers, que d’apprendre la pyrotechnie en voyant un feu d’artifice. » [1] C’est en 1798 que Louis-Sébastien Mercier écrivait ce qui peut encore bien se comprendre aujourd’hui par l’expérience scolaire de chacun de nous...
On peut bien sûr avoir des résultats immédiats de l’apprentissage des langues dans nos établissements scolaires, par quelques bonnes notes sur le bulletin par exemple, mais que l’élève soit capable d’échanger dans la langue qu’il apprend avec un locuteur natif de cette langue, ne serait-ce qu’au bout de quelques années, voilà ce qui serait la véritable justification de cet investissement très lourd pour l’enseignement des langues dans notre système.

un apprentissage difficile

Nul doute qu’il est très difficile d’acquérir une langue et de se rendre capable de la parler, de l’écrire et de tout comprendre ou presque dans des situations réelles de la vie. Ceux qui y sont parvenus sont encore rares, ou ont acquis leurs compétences hors de l’École. Or, pour que l’Europe multilingue conserve son patrimoine linguistique et culturel et continue de communiquer pleinement, l’Européen devra certainement pouvoir communiquer en plusieurs langues, ce qui ne serait pas offert au plus grand nombre sans changer les pratiques d’apprentissage.
C’est là que l’idée d’intercompréhension plurilingue devient non seulement séduisante et utile, mais encore indispensable. Le principe est simple : chacun s’exprime dans sa langue, donc correctement et finement, et a développé des compétences suffisantes de compréhension de la langue de l’autre. Au lieu de chercher pendant des années, chacun de son côté, à développer toutes les compétences en même temps et d’attendre des années pour faire des premiers essais, généralement infructueux, de communication en une seule langue, l’élève est mis en contact avec des élèves de la langue qu’il apprend et qui apprennent la sienne. Il pratique ainsi dès le début de son apprentissage, et dans le cadre des activités scolaires, un dialogue authentique, mais en deux langues au moins. Aujourd’hui, Internet permet de faire ce qui, au temps de Louis-Sébastien Mercier, ne pouvait pas se généraliser. Au cours de sa vie scolaire, l’élève pourra alors apprendre à comprendre plusieurs langues et choisir en connaissance de cause dans lesquelles il voudra se rendre capable de s’exprimer correctement.

Familles de langues

L’Europe a trois grandes familles de langues, germaniques, slaves et romanes, au sein desquelles l’intercompréhension serait atteinte relativement rapidement pour peu que les systèmes éducatifs mettent en place un tel apprentissage. L’Européen parle déjà une langue de ces trois groupes et si on donne l’exemple des langues romanes, on comprend qu’une telle idée n’est pas une utopie. C’est ce qui est proposé depuis 2004 par la plate-forme Galanet qui forme déjà des étudiants de pays romanophones à l’intercompréhension en langues romanes. Et ça marche, comme on peut s’en rendre compte en se rendant sur le site www.galanet.be .
L’intercompréhension peut aussi se pratiquer hors des familles de langues. Le projet pionnier est sans doute le projet Cultura (http://web.mit.edu/french/culturaNEH/) qui, depuis 1997, organise des formations entre la France et les États-Unis. L’intercompréhension peut ainsi être pratiquée pour tous les couples de langues et c’est ce que met en place le nouveau projet Lingalog (http://www.lingalog.net ), une activité qu’il devient relativement facile d’organiser pour les enseignants de langue et qui n’exclut pas les activités traditionnelles de la classe (y compris et surtout pas le voyage linguistique) auxquelles elle donne au contraire une nouvelle raison d’être.



[1] Louis-Sébastien Mercier, Dictionnaire d’un polygraphe, Union Générale d’éditions, Paris, 1978, page 346, première publication en 1798 par Fuchs dans Le Nouveau Paris, volume VI, ch. CCXXXI, « Professorat », page 30.



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