logo retour accueil

Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
et de la Recherche publique


|

Accueil >>Éditoriaux de Profession Education

31 mars 2006

7 février, 7 mars, 18 mars, à l’appel de toutes les confédérations et des organisations de jeunes, mais aussi de la principale association de parents et beaucoup d’autres encore, l’ampleur des manifestations contre le CPE ne cesse de croître. Les deux tiers des universités sont en grève, les lycéens se mobilisent de plus en plus, les Français à près de 75 % sont désormais opposés à ce dispositif.
Et pourtant le Premier ministre continue de rester droit dans ses bottes, manifestement grand utilisateur des boules Quiès.
Car il faut faire preuve d’un grand mépris pour ignorer l’importance des manifestations du 18 mars, il faut faire preuve d’un rare cynisme pour continuer d’affirmer que cette loi s’appliquera.
Rappelons que le CPE (Contrat Première Embauche) a été introduit dans le débat parlementaire par un amendement gouvernemental dans le projet de loi sur l’égalité des chances.
Vous savez, ce projet de loi qui contient également l’apprentissage junior ou encore la responsabilité parentale...
La jeunesse de notre pays se sent méprisée, ignorée, stigmatisée.
Et qu’on n’oppose pas, comme le fait notre toujours aussi brillant ministre de l’Éducation, la jeunesse des banlieues à celle des étudiants.
Certes, leur situation sociale est, bien entendu, loin d’être identique, mais ils vivent tous dans l’angoisse comme le dit le sociologue François Dubet dans un entretien au Monde (des 19-20 mars) : « Les jeunes des banlieues qui se sont révoltés en novembre dernier sont déjà de l’autre côté de la barrière : dans leurs quartiers, le chômage des moins de 25 ans atteint parfois 40 %, ce qui n’est plus tolérable [...] le mouvement anti-CPE est, au fond, dans les classes moyennes, la réplique de celui des banlieues. Ces deux mondes se méfient l’un de l’autre [...], mais leurs angoisses sont très proches : certains sont déjà dehors, les autres ont peur de les rejoindre. »
Quel avenir propose-t-on aux jeunes : chômage, intérim, petits boulots, stages non rémunérés ?
Peut-on croire que l’idéologie du libéralisme à l’américaine de l’actuel gouvernement puisse faire rêver la jeunesse ? Le monde a besoin d’utopie pour avancer. Les élections de 2002 n’auront-elles décidément servi à rien ?
Avec le CPE, on institutionnalise la précarité. L’École a besoin d’une véritable transformation pour assurer la réussite de tous, pour mettre en place la formation d’aujourd’hui et de demain, pour l’apprentissage du vivre ensemble... et le pitoyable de Robien se fait le spécialiste patenté de la lecture, veut imposer des notes de vie scolaire et que sais-je encore ? On pourrait en rire, mais l’enjeu est trop important.
Enfin, ce CPE comme le CNE est révélateur de la politique de régression sociale menée par l’actuel gouvernement. C’est pour cette raison que le refus du CPE concerne bien l’ensemble de la population.
Et à présent ? Et la suite ? Au moment où j’écris cet éditorial nous attendons du gouvernement qu’il décide enfin le retrait du CPE et l’ouverture de négociations. Sinon les jeunes et les organisations syndicales décideraient de la suite à donner.
Le gouvernement prendrait une lourde responsabilité à feindre de minimiser la situation car, comme l’a dit François Chérèque « la situation est angoissante, explosive. On peut arriver [...] à des dérapages dans les rues. Les jeunes [...] risquent de perdre encore plus confiance dans les politiques et de se replier sur eux-mêmes. » (Challenges, 16 mars 2006).
Mais la victoire, avec le retrait du CPE, peut a contrario contribuer à redonner confiance à la jeunesse, à sa capacité de peser.

Le 19 mars 2006

Jean-Luc Villeneuve



Imprimer

thèmes abordés


Dans la même rubrique

[ Les autres ]