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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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6 avril 2006

Sans doute, Gilles de Robien n’a-t-il pas l’intention de laisser son nom à une grande réforme de l’Éducation nationale. Mais, sous son autorité, le système éducatif est bel et bien en train de s’inscrire insidieusement dans une démarche de régression tant sur le plan du fonctionnement de l’institution en termes sociaux que sur le plan du fonctionnement pédagogique, des conditions d’accueil des élèves et des conditions de travail et d’exercice du métier pour les personnels. C’est que Gilles. de Robien est le ministre de l’Éducation nationale d’un gouvernement qui a globalement une conception de la justice sociale dans laquelle « certains sont plus égaux que d’autres » comme disait George Orwell*.
Ainsi l’année 2006, baptisée par le Premier ministre « année de l’égalité des chances », sera celle de l’adoption par le Parlement, dans les conditions que l’on connaît, de la loi du même nom qui, outre le CPE, introduit le dispositif « apprentissage junior » et le contrat de responsabilité parentale, deux démarches qui loin de contribuer en quoi que ce soit à l’égalité des chances, loin d’aider ceux qui sont dans les difficultés les plus grandes, contribueront de fait à renforcer la discrimination, l’exclusion : il ne s’agit plus dans aucun cas de dispositifs pour tous, on a plutôt affaire à ce qu’on pourrait appeler de la « discrimination négative » et qui se traduit en tout état de cause par un recul dans les ambitions de l’École et de la société pour son École.

Renforcement des discriminations

Sans doute est-ce aussi par cohérence avec l’esprit gouvernemental, ou en tout cas l’esprit de certains des membres de ce gouvernement, que les projets de notre ministère en matière de « prévention et lutte contre la violence à l’école » relèvent davantage de l’externalisation du règlement des problèmes - appel à la police et à la justice - que d’une relance des démarches d’éducation et de réflexion dans l’École sur les causes de la violence et sur les leviers qui doivent et peuvent être actionnés par l’École elle-même, et avec ses partenaires. On connaît le protocole de renforcement de la sécurité des collèges que Nicolas Sarkozy, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, a signé le 24 février et qui prévoit l’intervention d’un policier en uniforme disposant d’un local dans l’établissement. Le ministre de l’Intérieur a d’ailleurs l’ambition de généraliser à toute la France ces mesures (dans le cadre de sa loi contre la délinquance ?).
Le sécuritaire a de beaux jours devant lui... Sanction plutôt qu’éducation, c’est encore ce qui sous-tend l’introduction de la note de vie scolaire dans la scolarité au collège. Prévue par la fameuse loi Fillon dans le diplôme national du brevet, cette note est devenue, suite aux annonces du ministre lors de ses vœux à la presse, un dispositif qui inscrit sur la totalité de la scolarité au collège une démarche qui vise à faire adopter par l’élève un comportement « responsable » par la carotte et le bâton, et ce, au prix d’une régression essentielle dans la gestion des punitions et sanctions disciplinaires (textes de juillet 2000). Cette note de vie scolaire, et la manière dont on prévoit de l’attribuer, risque de peser de manière très négative sur les relations dans les collèges.
À la commission Collège du CSE, le 6 mars, le Sgen-CFDT a demandé l’abandon pur et simple de ce projet qui relève de la panoplie des idées simples et pratiques, des formules magiques mais régressives.

Toujours moins de moyens

Régression encore que de retirer aux collèges 1/2 heure en classe de 5e et 4e pour financer la relance de l’éducation prioritaire, pour laquelle il fallait des engagements budgétaires nouveaux. L’heure non affectée, à présent réduite de moitié, était le seul instrument de souplesse dans la gestion des interventions pédagogiques au cycle central... Comme relèvent de la régression, les interventions du ministre sur l’apprentissage de la lecture...
« Il faut revenir sur l’idéologie du pédagogisme » déclarait le ministre en ouverture de la convention de l’UMP sur l’éducation, enfilant les « pantoufles » qu’avaient remises à la mode ses prédécesseurs Luc Ferry et François Fillon. S’opposer à la régression à fondement strictement idéologique, c’est d’abord comprendre, et faire comprendre, les vrais enjeux des mesures avancées au nom du bon sens et du pragmatisme, et continuer à s’inscrire dans une perspective de transformation de l’École dans les revendications et les propositions, dans les pratiques quotidiennes d’acteurs du système éducatif.

* George Orwell, La ferme des animaux



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