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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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7 avril 2006

La marche du crabe

L’enseignement de la lecture a besoin d’être amélioré. Même si toutes les enquêtes montrent la progression des compétences en lecture des élèves depuis plusieurs dizaines d’années, les résultats actuels (15 % d’élèves en difficulté à l’entrée en sixième) ne sont pas satisfaisants.
Face à ce constat, imposer au CP l’entrée dans l’apprentissage par le seul déchiffrage, comme le veut le ministre, n’améliorerait pas les résultats. Les pratiques des maîtres, appuyées sur les résultats de nombreuses recherches, visent en effet à prendre en compte la complexité de l’enseignement de la lecture. Tout à la fois, par un va-et-vient incessant au travers de multiples entrées, travailler l’envie de lire qui ouvre à la culture, la compréhension des mots et des phrases qui justifie les efforts des élèves, les compétences de déchiffrage qui libèrent l’esprit. Et cela bien avant et bien après le CP. Les recettes simplistes du ministre n’ont guère convaincu ; il est en train de marquer le pas au Conseil supérieur de l’Éducation avec une modification des programmes très en deçà de ses premières déclarations. Mais qu’en sera-t-il réellement ? Le trouble semé dans l’esprit des parents, le dénigrement implicite des enseignants auront fait du mal à l’enseignement de la lecture.
Poursuivre le travail d’explicitation, avec et auprès des partenaires éducatifs, est toujours de mise pour mettre en évidence d’un côté la complexité du travail pédagogique, de l’autre les visées politiciennes du ministre et de son entourage.


Violence des annonces

Prenant prétexte d’un événement dramatique à Étampes, le gouvernement multiplie, depuis le mois de décembre 2005, les annonces dans la presse, presse qui ne demande qu’à médiatiser la violence scolaire.
Le premier ministre préconise la présence de policiers en tenue dans les établissements, que le ministre de l’Intérieur s’empresse de mettre en place dans son département (les Hauts-de-Seine). Destinée à être étendue aux autres départements, cette « expérimentation » prévoit la mise à disposition d’un local et même d’un ordinateur portable pour enregistrer les plaintes.
Le ministre Gilles de Robien réinvente une circulaire qui « consignerait les démarches à suivre en cas de menaces ou d’agressions », consignes qui figurent déjà dans la circulaire « Lutte contre la violence en milieu scolaire » de... 1998. Les premières propositions du ministère en vue d’une réécriture de cette circulaire portent toutes ou presque sur la gestion a posteriori d’une situation forcément violente. Il n’est plus question de prévention, et surtout pas d’éducation à la citoyenneté, au « vivre ensemble ». Pas question non plus de s’intéresser au fonctionnement des établissements alors que les travaux des chercheurs (Éric Debarbieux, en particulier) ont mis en évidence « l’effet-établissement » et l’importance d’un vrai travail en équipe éducative.
La notion même d’équipe éducative est niée par les conseillers du ministre qui n’ont aucune idée du rôle essentiel des assistants sociaux, des infirmiers ou des assistants d’éducation.
Sans doute pour mieux se concentrer sur les « fondamentaux », l’Éducation nationale « délègue » à d’autres ministères : Intérieur et Justice pour le traitement sécuritaire, Intérieur et Santé pour la prévention (dès trois ans si l’on en croit le rapport de l’Inserm et le non moins inquiétant rapport Bénisti).


Apprentissage junior

Le Sgen-CFDT a déjà dit tout le mal qu’il pensait de l’apprentissage junior : remise en cause de l’obligation scolaire jusqu’à seize ans, il organise dès quatorze ans l’éviction du collège des élèves en difficulté, mettant en place une voie d’exclusion. Cette mesure, présentée par le Premier ministre comme une réponse à la crise des banlieues et aux violences urbaines, constitue un recul historique inacceptable. Certes, l’apprentissage effectif est repoussé à quinze ans pour se conformer à la directive européenne sur la protection des jeunes au travail, mais la sortie du collège se fait dès quatorze ans pour une année de « parcours d’initiation aux métiers » : c’est dire que l’objectif d’acquisition du socle commun est de fait abandonné. On ment aux familles en leur laissant croire que leur enfant, s’il désire retourner au collège, pourra y réussir alors qu’il n’en aura plus suivi les enseignements et qu’il aura ajouté encore du temps à son retard scolaire initial. Loin de répondre à la demande des jeunes d’égalité des droits, loin de répondre à leurs besoins, c’est une mesure supplémentaire de renoncement et de stigmatisation pour une partie de la jeunesse.


La note de vie scolaire

Elle figure dans la Loi Fillon du 23 avril 2005 : « [le brevet de collèges] comporte une note de vie scolaire ».
Depuis, Gilles de Robien entend qu’elle soit attribuée à chaque trimestre au collège. On lit dans les récents projets de décret et d’arrêté que cette note est attribuée de la 6e à la 3e et « mesure » l’assiduité de l’élève, son respect des dispositions du règlement intérieur et « prend en compte » sa participation à la vie et aux activités de l’établissement. Elle « peut prendre en compte les attestations de sécurité routière et de formation aux premiers secours. » C’est le chef d’établissement, après recueil d’informations auprès du CPE et du professeur principal qui propose la note en conseil de classe et l’attribue à l’issue du conseil. La moyenne obtenue chaque trimestre en classe de 3e sera prise en compte pour le brevet.
L’investissement de l’élève dans la vie de l’établissement, sa capacité à prendre des initiatives, à s’engager dans des projets collectifs, à apporter son aide, ses progrès dans l’apprentissage du « vivre ensemble » doivent être encouragés. Mais certainement pas évalués au moyen d’une note. On voit également les dérives possibles qui peuvent cantonner la Vie scolaire à un rôle répressif, sanctionnant l’élève en difficulté ou rebelle, au lieu de l’aider à prendre conscience de ce qu’il peut et doit changer dans son comportement, comme le feraient un entretien oral et un bilan écrit. Les « bonnes notes » allant aux bons élèves, elles creuseront encore le fossé entre les élèves bien insérés et adaptés et les autres. Le Sgen-CFDT demande l’abandon de ce projet et souhaite qu’on réfléchisse plutôt aux moyens de favoriser l’éducation à la citoyenneté et l’engagement positif des jeunes.



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