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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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16 mai 2006

Le Snen va fêter, en août 2006, ses 50 ans. Peux-tu nous le présenter ?

Ce fut d’abord la section Niger du syndicat africain qui ensuite s’est constituée en Snen. Le Snen a milité pour l’indépendance du Niger, obtenue en 1960. Ce fut son premier combat, un combat politique pour la dignité.
Au lendemain de l’indépendance, tous les partis politiques étaient dirigés par des enseignants et, paradoxalement, le Snen a eu des difficultés à faire reconnaître ses aspirations pour une autre École nigérienne. Pendant quatorze ans, le pays va connaître une époque de grandes folies et de grandes confusions et le parti unique que nous combattrons.
Le coup d’État militaire de 1974 pouvait faire espérer un retour à la démocratie mais le nouveau régime n’en fit rien. La question d’une réforme de l’Éducation n’a été posée que par le Snen !
L’École reste régie par des textes datant de 1945, de l’ère coloniale. Aucune réforme, aucune loi d’orientation n’est proposée. Tous les syndicats sont inféodés au pouvoir militaire, d’où le combat pour l’autonomie syndicale que va mener le Snen.
En 1982, le Snen veut mettre fin à ce qu’on appelle la « participation responsable » qui lie les syndicats au pouvoir. Le congrès du syndicat, à Dosso en 1984, devra se tenir dans la rue, le pouvoir ayant interdit l’accès aux locaux. Le Snen en sortira vainqueur, la présidence de la République lui reconnaissant le droit de définir lui-même sa forme de syndicalisme, en en faisant la première organisation autonome du pouvoir politique.
En 1986, le syndicat va dénoncer la politique de non investissement, de fermeture des internats, de suppression des bourses. Les problèmes sont multiples et 60 % des ressources pour l’Éducation proviennent de la coopération et non de l’État. Il faut jeter les jalons pour la démocratisation de la vie politique ; aussi, le Snen inclut dans ses missions l’établissement de l’État de droit. En 1987, le pouvoir refuse la décrispation politique par la démocratie et le multipartisme.
Le 9 février 1990, la manifestation lycéenne se termine dans un bain de sang. Le congrès du Snen, à Niamey en 1991, réaffirme sa lutte pour la démocratie et le multipartisme, ainsi que son attachement à une réforme éducative. Après quelques velléités de réformes, le pouvoir abandonne, l’École n’étant pas sa préoccupation. Il faudra attendre le coup d’État de 1996 pour que soit posée la question de l’École. Celui-ci change la donne, mais le système éducatif va pâtir d’une politique néolibérale préconisée par la Banque mondiale qui réclame le désengagement de l’État. La tâche du Snen n’est pas aisée, les salaires des enseignants sont des salaires de misère, quand ils sont versés ; les classes sont surchargées jusqu’à 180, voire 200 élèves par classe.
En 1998, le Snen obtient le principe d’une loi d’orientation du système éducatif, la Losen, mais le flou reste sur beaucoup de questions. 2001 devait être l’année pour faire le point sur la Losen et, en 2006, on est toujours au même point et aucune réunion n’a eu lieu.

Quels sont, aujourd’hui, les grands dangers pour le système éducatif nigérien ?

Le Niger compte près de 15 000 enseignants fonctionnaires et le Snen œuvre avec plus de 13 000 d’entre eux. La qualité de l’Éducation est en danger. Cela a commencé avec la réduction de la formation des enseignants à une année seulement voire 45 jours, et à systématiquement recruter des contractuels sans formation initiale. Et ce sont 88 000 enseignants de ce type qui seront recrutés d’ici 2015.
Une loi sur la retraite anticipée dépouille l’Éducation de l’essentiel de ses cadres expérimentés et limite la mise en œuvre de la nouvelle réforme éducative.
Avec l’application de cette mesure, il ne restera que 7 700 enseignants à la fonction publique en 2015.
Les« écoles communautaires » instaurées par certaines organisations non gouvernementales, sans consultation préalable, représentent également une menace pour la qualité de l’Éducation. Ces « écoles communautaires » emploient des maîtres sans qualification aucune et imposent souvent aux paysans pauvres de prendre en charge leurs misérables conditions de vie et de travail

Comment le Snen s’inscrit-il dans les décisions de Dakar pour l’Éducation pour tous ?

On ne peut atteindre l’Éducation pour tous qu’à travers une action concertée entre gouvernement et société civile. Le Snen est une organisation qui n’a pas peur d’avoir recours à la grève pour formuler ses revendications, pour soutenir les enseignants qui accusent un retard de salaire de plusieurs mois, voient leur carrière bloquée ou sont discriminés dans leurs rémunérations.
Le Snen accepte les principes énoncés à Dakar 2000 qui accordent une priorité importante au dialogue national et à la consultation pour parvenir à un consensus dans le champ de l’Éducation.
Le Snen est pleinement conscient que 45 % du budget national du Niger provient de la coopération internationale et que des partenaires internationaux financent plus de 10 % du budget de l’Éducation. Il est reconnaissant de l’engagement et de la solidarité internationale dont bénéficie le Niger. Cependant, il rejette les donateurs internationaux gouvernementaux, non gouvernementaux, ou de la Banque mondiale qui interviennent de manière intempestive ou qui dictent les politiques d’éducation au rabais. Pour diverses raisons, le Niger est l’un des pays les plus pauvres au monde, néanmoins, les Nigériens attachent énormément d’importance à leur souveraineté, à leur droit de prendre des décisions et à l’éducation de leurs enfants. L’Éducation pour tous est une question de survie et le défi doit être relevé.



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