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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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13 juin 2006

Pouvez-vous présenter le « Café Pédagogique » ?

Créé en mars 2001, le Café pédagogique (www.cafepedagogique.net), publication de l’association Coopérative pour l’information et l’innovation pédagogique, ni expression de l’institution, ni expression du marché, se situe d’abord comme l’expression, sur Internet, des enseignants et de leur entourage. Il a pour but de promouvoir la réflexion et l’action quotidienne des acteurs de l’éducation aussi bien sur les technologies de l’information et de la communication en éducation que sur l’innovation ou tout simplement les réalisations du quotidien. Cette communauté s’est rencontrée sur la base de valeurs communes dont la première est de fournir gratuitement des contenus que chaque enseignant, rédacteur au Café, réalise sous la forme d’une veille concernant sa discipline, et l’élaboration d’outils pour sa classe. En le vivant au quotidien, en présence et à distance, l’équipe qui fabrique le Café pédagogique entend promouvoir l’initiative pédagogique mais aussi le partage des expériences, des réflexions et des pratiques ordinaires.

En quoi les technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent-elles être utiles à l’enseignement ?

En soi les TIC ne sont pas utiles à l’enseignement, contrairement à ce qu’essaient de faire croire leurs promoteurs. Par contre ce sont les enseignants, les éducateurs qui ont très vite repéré comment ce qui est au cœur de ces technologies pouvait rendre service à leur enseignement ; il suffit de voir comment des courants pédagogiques ont adopté presque naturellement les TIC dans leur pédagogie. Mais il suffit aussi de voir les résistances à l’intégration des TIC dans l’enseignement pour se rendre compte qu’il ne suffit pas d’en déclarer l’utilité et de fournir des équipements pour que l’intérêt soit évident. L’utilité véritable des TIC dans l’enseignement se révèle lorsqu’elles permettent d’aborder une difficulté rencontrée au quotidien et d’y apporter un début de solution. C’est d’ailleurs pour cela que la plupart des innovateurs de départ enseignaient auprès d’élèves en difficulté ou atteints de déficiences physiques ou intellectuelles. La diffusion massive des TIC dans l’espace social pose de nouvelles questions quant à l’utilité de les intégrer dans l’École. Cette utilité n’est plus envisagée du côté de l’acte d’enseigner mais du côté des finalités mêmes de l’enseignement en regard de la place de l’École dans la société. Ainsi dans les disciplines, l’intégration des TIC dans l’apparition de savoirs nouveaux issus de la recherche nécessite de penser cette intégration dans l’enseignement de ces nouvelles connaissances humaines. De même, l’École ne peut refuser de développer chez les élèves la compréhension des phénomènes communicationnels et informationnels actuels.

Qu’est-ce que le portfolio électronique ? Comment peut-il contribuer à la réussite des élèves ?

La démarche portfolio a pour objectif premier de rendre explicites les compétences et les connaissances de celui qui apprend mais surtout, et parfois seulement, la démarche qui a permis de les développer.
Actuellement, les portfolios en milieu scolaire servent principalement à aider les élèves à rendre compte et à évaluer leurs apprentissages. En amenant l’élève à réfléchir à ses apprentissages, à les co-évaluer avec son enseignant et ses pairs, à nommer ce qu’il a appris et à en présenter les preuves. Le portfolio numérique, parce qu’il garde la trace de façon très souple, est un outil de suivi qui peut s’avérer précieux pour l’institution scolaire, mais plus encore pour le jeune. De plus, dans certains dispositifs, à la fin d’un parcours scolaire et universitaire, au lieu du seul diplôme, on nomme la liste des compétences que l’obtention de ce diplôme a permis d’attester. On voit aisément que cette démarche a pour but de donner une meilleure visibilité aux compétences et aux connaissances de chacun. Permettant une meilleure évaluation et un meilleur suivi des apprentissages scolaires ou non (stages en entreprise, alternance...), la démarche portfolio s’est rapidement appuyée sur le numérique pour améliorer l’utilisation de ces portfolios. Chaque individu, pour peu qu’il dispose d’un portfolio numérique tout au long de la vie, peut, s’il le souhaite, rendre visible tout ou partie de son contenu s’il cherche un emploi, ou s’il veut poursuivre des études loin de son pays d’origine. Comme le portfolio électronique rassemble les preuves de compétences de quelqu’un, il constitue un outil pour soutenir la réussite tout au long de la vie. Il présente cependant des risques importants : surveillance accrue de l’individu, utilisation des contenus à l’insu de l’auteur, visibilité de « l’espace personnel, intime » de l’apprenant, etc. C’est pourquoi si l’on veut que le portfolio numérique soit une aide véritable pour les élèves, il est nécessaire de fixer, dès sa mise en place, des règles rigoureuses de fonctionnement et de gestion des contenus.

Quelle est la situation de l’utilisation des TIC dans le monde ?

Si dans les pays occidentaux les usages des technologies se développent très rapidement, la situation est extrêmement inégale à l’échelle de la planète. L’accès et l’usage des technologies sont perçus dans le monde entier et en particulier dans les milieux les plus défavorisés comme essentiels pour l’intégration dans la société. Cependant à ce ressenti ne correspondent pas forcément les moyens humains, techniques et financiers adaptés. C’est de cet écart que naît la véritable fracture numérique qui génère une immense frustration dans un premier temps, mais aussi une fascination qui renforce la dépendance vis-à-vis de ces technologies. Comment comprendre l’attirance quasi magique des cybercafés auprès des jeunes des pays les plus pauvres ? Dans tous les pays du monde, les responsables des systèmes éducatifs tiennent des discours volontaristes quant à la place à donner aux technologies. Des initiatives se créent partout dans le monde, mais elles concernent encore une partie de la population, la plus favorisée. L’enjeu actuel de ce développement est essentiellement de garantir que chaque être humain puisse comprendre l’organisation sociale qui se construit chaque jour à l’échelle planétaire tout en gardant sa culture et en la développant. La situation actuelle laisse penser que, malgré les déclarations et les actions d’équipement, les TIC créent, à l’instar du livre, de nouvelles inégalités qui se situent davantage dans la compréhension que dans leur seule utilisation.

Propos recueillis par François Salaün



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