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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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25 septembre 2006

Où en sont les travaux du Haut conseil de l’éducation artistique ?

Mis en place en octobre 2005, nous avons réellement commencé à travailler en décembre. Il nous a semblé nécessaire d’inscrire nos premières propositions en cohérence avec les réformes en cours au ministère de l’Éducation nationale. Dans le cadre de l’application de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École, la rédaction du décret sur le socle commun des connaissances nous a occupés en priorité. Il nous paraissait essentiel d’inscrire l’éducation artistique et culturelle dans un document aussi fondateur. C’est aujourd’hui chose faite. L’action de notre Haut Conseil en est légitimée car son objet même est gravé dans le marbre de ce « socle » qui inspirera les futurs programmes. Nous nous attelons désormais à la réforme des IUFM et la place de l’éducation artistique et culturelle dans la formation des enseignants. Nous sommes convaincus que l’importance de cette matière s’impose d’elle-même dès lors que l’on a pu en comprendre les enjeux pédagogiques en termes d’épanouissement et de transmission des connaissances. Il faut que chaque enseignant puisse recevoir une sorte de mode d’emploi de l’éducation artistique et culturelle : sa dimension transversale, sa capacité d’éveiller la curiosité de chaque enfant et de stimuler son appétit pour les autres matières, etc. Il faut aussi délivrer un savoir pratique relatif à l’organisation des enseignements artistiques et culturels, notamment lorsqu’ils nécessitent le partenariat avec des acteurs extérieurs à l’institution : comment monter un projet, quelles procédures, quels interlocuteurs locaux, etc. Je crois intensément à la formation des formateurs : les professeurs détiennent les clés d’un développement de l’éducation artistique et culturelle qui repose avant tout sur la conviction et l’engagement. Il faut donc susciter leur goût et leur donner les clés. Notre prochain grand chantier concerne la place de l’éducation artistique et culturelle dans les grands médias audiovisuels. Une série d’auditions des dirigeants des grandes chaînes de télévision, publiques et privées, est programmée pour l’automne. Il s’agit naturellement ici d’un enjeu majeur dès lors que la production des industries culturelles est en concurrence toujours plus directe avec les savoirs transmis par l’École. Nous souhaitons mieux comprendre la façon dont la responsabilité de l’État doit s’exercer dans ce secteur, notamment au regard de sa mission éducative.

Selon vous, comment une présence plus importante des arts à l’École peut-elle aider les élèves à surmonter leurs difficultés ?

Il faut déspécialiser l’éducation artistique et culturelle. Elle est encore trop souvent réduite à une approche strictement liée aux seuls enseignements. La notion d’éducation est plus large ; elle englobe la totalité du parcours de chaque élève : les connaissances théoriques, les compétences pratiques et les expériences qu’il peut connaître dans le cadre de toutes les activités ayant une dimension culturelle. Les enjeux concernent la construction de sa sensibilité mais aussi l’acquisition des bases de sa culture générale. En effet, et c’est la deuxième précision sémantique qu’il convient de faire : il s’agit d’éducation artistique et culturelle. Cette dimension renvoie bien à l’ensemble des matières du programme : le français, l’histoire, la géographie, mais aussi les sciences, les mathématiques, etc. Les savoirs mathématiques se distinguent de la culture des mathématiques, c’est-à-dire l’ensemble des considérations historiques, géographiques, esthétiques même, qui concernent cette discipline. Léonard de Vinci représente l’exemple parfait d’une unité que nous avons perdue avec l’organisation de nos connaissances en « disciplines » rigides. Cet homme complet de la Renaissance ne sépare pas les multiples domaines où sa créativité scientifique et artistique a pu s’épanouir. Il ne s’agit nullement ici d’abolir les frontières entre les disciplines mais seulement d’ouvrir une porte vers une autre manière d’aborder la connaissance. Faire comprendre aux élèves que tout est lié, que chaque savoir renvoie à de multiples dimensions, comme « dans la vie », comme dans leur propre vie. Je vois donc l’art et la culture comme des passeurs destinés à révéler tous les liens qui existent entre des connaissances.

Que pensez-vous des classes à PAC et des ateliers artistiques ?

Je partage assez l’avis qu’en a donné madame Marland-Militello dans son rapport parlementaire sur l’éducation artistique et culturelle. Ce dispositif ne méritait pas de focaliser à ce point le débat sur l’éducation artistique et culturelle. Il a le mérite d’être imaginatif et audacieux mais il ne peut concerner qu’un petit nombre d’élèves.

L’École peut-elle être le lieu d’une véritable démocratisation des pratiques artistiques ?

En éveillant la sensibilité et en transmettant les connaissances, en permettant l’acquisition d’une culture riche et profonde, l’école est naturellement le lieu privilégié d’une construction du goût, du jugement et de l’acquisition des rudiments de la pratique. Elle y parviendra d’autant plus qu’elle offrira à l’éducation artistique et culturelle une place à la mesure des enjeux posés par notre époque. Mais à côté de sa définition égalitaire, la « démocratisation » pourrait désigner aussi légitimement le « devenir de la démocratie ». Or, celui-ci passe par la capacité de chacun à agir de façon libre, éclairée et responsable. Pourtant, davantage que d’autres, notre siècle rend indispensable l’acquisition des outils intellectuels et sensibles pour le comprendre et y exercer cette liberté éclairée et responsable. L’éducation artistique et culturelle représente seulement un pilier de cette construction, mais un pilier essentiel.

Propos recueillis par François Salaün



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