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Fédération
des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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Sans vouloir être inutilement alarmiste, nous vivons actuellement, en France, dans un climat délétère, préoccupant où politique du bouc émissaire, répression et ordre moral s’installent de plus en plus. Que penser d’un gouvernement qui accepte qu’un de ses ministres s’en prenne à la magistrature ? Que penser d’un gouvernement qui ne dit mot lorsqu’un de ses ministres, le même, insulte avec une rare grossièreté des policiers ? Que le Garde des sceaux soit resté totalement silencieux est pour le moins affligeant. Il est toujours inquiétant dans un pays de droit de stigmatiser la justice ou de vouloir l’opposer à la police. On pourrait tout autant évoquer la honte de l’épisode Cachan, la honte de l’opération spectacle menée aux Mureaux pour arrêter un jeune. Et que dire du projet de loi sur la délinquance ? Pendant ce temps, on continue de pratiquer « la chasse » aux jeunes scolarisés de parents sans papiers, et on n’hésite pas à interpeller des enfants de quatre ans dans les maternelles. On le voit bien, le show médiatique s’empare de plus en plus de la politique. On pourrait penser que le système éducatif soit quelque peu préservé de tout ce climat nauséeux. Pas le moins du monde. Bien au contraire. Sur fond de regret nostalgique de l’École des années 50, notre ministre, Gilles de Robien, vante les vertus de l’ordre moral, de la mise au pas : la conformité devient valeur. Ainsi le ministre de l’Éducation nationale poursuit avec une obstination quasi pathologique sa croisade pour l’apprentissage de la lecture par la seule méthode syllabique. Il continue de laisser croire que les méthodes actuelles, et donc les enseignants, sont responsables des 15 % d’élèves qui ne possèdent pas réellement les apprentissages fondamentaux à l’entrée en 6e, ignorant totalement les réalités socio-économiques, les inégalités culturelles, sociales que vivent un grand nombre de ces élèves en difficultés. Mais, au fait, quelles sont les méthodes, et donc les enseignants responsables des 85 % de réussite des autres élèves ? Ainsi, alors que l’École a avant tout besoin de sérénité, le ministre entretient le trouble dans l’opinion, stigmatise la profession, organise ce qui peut s’apparenter à une « chasse aux sorcières ». C’est d’abord l’universitaire Roland Goigoux dont les compétences sont largement reconnues que l’on veut mettre au pas. Pour avoir exprimé dans un ouvrage sa conception de l’apprentissage de la lecture qui ne correspond pas à la norme ministérielle, on lui retire sa fonction de formateur à l’École supérieure de l’Éducation nationale. C’est la mission expresse demandée aux inspecteurs, qui d’ailleurs commencent à se rebeller, d’aller vérifier dans les écoles la conformité ou non de la méthode de lecture pratiquée par nos collègues. C’est une procédure disciplinaire engagée contre un IEN (inspecteur de l’Éducation nationale) qui a commis la « faute » (sic !) de déclarer dans un journal régional que l’apprentissage de la lecture ne pouvait être déconnecté de la compréhension du texte ! Incroyable de tels propos, non ?! Il est évident, par ailleurs, que lorsque Gilles de Robien déclare que l’enseignement n’est pas une profession libérale - ce que le Sgen-CFDT a toujours dit -, il veut dire par là que tous les enseignants doivent marcher du même pas, où toute « liberté pédagogique » au vu de telle ou telle classe ou de tel ou tel élève est bannie. Explique-t-on à un médecin comment ausculter ou à un garagiste comme changer un démarreur ? Cette volonté de formatage s’inscrit bien dans cet ordre moral ambiant dénoncé plus haut, la note de vie scolaire au brevet en est une autre illustration. Dans un contexte très difficile, le Sgen-CFDT continuera de défendre sa conception de l’École, de lutter comme il l’a toujours fait contre toute forme de caporalisation. Le 8 octobre 2006 Jean-Luc Villeneuve
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