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Accueil >>Société >>Filles, garçons : quelle égalité ? ( Dossier PE n°162- Décembre 2006)

10 janvier 2007

Le principe de la mixité semble bien enraciné dans l’éducation française alors qu’il n’a été acquis que récemment et non sans luttes, l’action des mouvements féministes a pesé dans cette évolution.
Au XIXe siècle, les femmes sont plus ou moins écartées de l’instruction, au double motif de leur incapacité « naturelle » et de leur destin social ; on redoute surtout que l’éducation ne les fasse ressembler aux hommes. Peu à peu cependant, elles peuvent accéder à un enseignement d’abord essentiellement primaire et utilitaire, puis à l’enseignement secondaire.
Est-ce à dire qu’elles le feront dans les mêmes conditions que les garçons ? Il convient de distinguer les deux niveaux d’enseignement et les deux aspects de la mixité : dans les programmes et dans l’espace.

séparation spatiale

Les lois Jules Ferry instituent pour l’école élémentaire l’égalité dans les programmes : mêmes contenus d’enseignement et même certificat d’études pour tous les élèves. Mais dans les écoles de la IIIe République, filles et garçons se côtoient rarement hormis dans les classes uniques, fruits de la démographie et de la géographie rurales. L’enseignement républicain se veut irréprochable ; pour écarter tout reproche d’immoralité, il préconise des bâtiments distincts qui éviteront la promiscuité.
Si l’on tolère toutefois les entorses à la non-mixité car les écoles primaires concernent les classes populaires, la séparation est impérative dans les établissements du second degré qui ont vocation à accueillir des « demoiselles ». La création des lycées de jeunes filles à la fin du XIXe siècle déchaîne l’hostilité de l’opposition et des milieux catholiques. Encore n’y enseigne-t-on pas les mêmes programmes qu’aux jeunes gens ! Il faut attendre 1924 pour qu’enfin un baccalauréat unique soit réalisé. Mais la séparation spatiale perdure, même si les contraintes locales peuvent inciter çà et là au pragmatisme.
Ce n’est qu’à partir des années 1950 que la mixité va peu à peu s’imposer puis devenir la norme, diverses circulaires accompagnent le mouvement, la loi Haby de 1975 enfin la rend obligatoire pour tous les niveaux de l’enseignement : « la mixité devient la règle après avoir été l’hérésie » (Michelle Perrot).
Aujourd’hui des voix s’élèvent pour la remettre en cause ou l’aménager au motif que la concurrence de fait entre filles et garçons desservirait les uns et les autres, même si les expériences conduites en Grande-Bretagne et aux États-Unis sont peu concluantes à cet égard. Mais on a pris conscience que si la mixité doit rester un principe intangible, elle ne suffit pas à garantir l’égalité.



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