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Accueil >>Société >>Filles, garçons : quelle égalité ? ( Dossier PE n°162- Décembre 2006)

10 janvier 2007

On parle beaucoup aujourd’hui d’égalité des chances à l’École. Qu’en est-il de l’égalité des sexes ?

« L’égalité des chances » vise plus dans l’esprit des gens l’égalité des chances sociales que l’égalité des chances entre les sexes. De toute façon, l’égalité des chances n’empêche pas l’inégalité des performances, car c’est une fiction de croire que si tous les savoirs et toutes les filières sont ouverts à tous, tout le monde est à égalité pour y accéder. La vraie égalité, celle des performances, n’est pas atteinte, ni pour les classes sociales ni pour les sexes.

Qu’est-ce qui vous apparaît le plus flagrant en termes de division sexuée ?

L’orientation bien sûr est très déterminée par la segmentation hommes-femmes du marché du travail, mais aussi le contenu masculiniste des savoirs scolaires, complètement centrés sur les hommes et qui rendent les femmes invisibles dans l’histoire, la culture, les sciences...

Vous avez écrit : « Comment les pratiques enseignantes fabriquent de l’inégalité entre les sexes ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je lisais dans les revues anglophones des recherches sur l’observation des classes mixtes qui montraient un déséquilibre dans les interactions de l’enseignant-e avec les filles et les garçons. Quand je répercutais ces résultats en formation continue auprès des enseignant-e-s français-e-s, elles et ils me disaient que ce n’était pas comme ça en France, grâce à la laïcité et moi-même j’avais du mal à y croire. Alors j’ai participé à un groupe de recherche qui observait des classes en France et... malheureusement j’ai confirmé ces résultats, à l’instar d’autres recherches françaises. Cela n’empêche pas les filles de réussir mais ces phénomènes leur apprennent subrepticement qu’elles sont moins importantes que les garçons.

Identité sexuelle, modèle féminin-masculin, en quoi l’adolescent reproduit-il le modèle traditionnel ?

D’abord, il faut distinguer identité sexuée (le sentiment d’être une fille ou un garçon) et identité sexuelle (choisir son orientation sexuelle). Toutes les recherches montrent la fausseté du modèle naturaliste qui affirme que du sexe biologique, femelle-mâle, découlent les caractères psychologiques et les rôles sociaux. Ce schéma est complètement faux : en fait ce sont les rôles sociaux qui déterminent les caractères psychologiques. D’où la notion de genre comme construction sociale des différences de sexe, construction dont l’enjeu essentiel est de créer des différences de valeur entre les femmes et les hommes et une hiérarchie entre les sexes, c’est-à-dire une différence de pouvoir, une domination du groupe des hommes sur celui des femmes

Quelles sont les pistes que vous préconisez pour faire évoluer le système éducatif ?

Les enseignant-e-s avec lesquel-le-s je travaille voient plusieurs pistes pour appliquer très précisément la Convention de 2000, le texte est toujours d’actualité. En classe, insister autant sur le rôle des femmes que sur celui des hommes dans la société, l’histoire et la culture ; équilibrer le plus possible les interactions avec les filles et les garçons ; éviter les stéréotypes (les filles dociles qui réussissent par leur travail et les garçons qui ont des capacités mais ne travaillent pas). Et le plus important de tout : gérer les relations entre les pairs dans la vie scolaire quotidienne, ne rien laisser passer : sarcasmes, remarques, attaques, attitudes sexistes des élèves entre eux et en faire l’occasion d’une éducation citoyenne au respect entre les sexes.



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