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10 janvier 2007
Chaussettes roses et pyjama bleu
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C’est une fille ! » déclare Toto en soulevant la couverture du landau. « Comment le sais-tu ? » demande son camarade. « C’est facile, elle a des chaussettes roses ! »
Choix des vêtements, des jouets, du papier peint de leur chambre... dès leur plus jeune âge, l’environnement des enfants est pensé différemment selon leur sexe. L’éducation qu’ils reçoivent et le comportement différent de la majorité des parents (même bien intentionnés) en fonction du sexe de leur bébé ont aussi des conséquences à long terme sur leur comportement d’enfant mais aussi d’élève.
Une éducation sexuée
Avant leur scolarisation, deux tiers des enfants de moins de trois ans sont gardés à la maison quasi exclusivement par leur mère (enquête Insee 2002). Pour le tiers restant, confié à une assistante maternelle (18 %), à la crèche (8 %) ou à l’école maternelle (8 % qui correspondent à 25 % des deux-trois ans), là aussi l’encadrement est principalement féminin. L’Éducation nationale elle-même ne déroge pas à la règle puisque la première école est « maternelle » ! La réalité nourrit les stéréotypes sociaux sur le sexe des activités professionnelles ou familiales.
Les tout petits repéreront ainsi la femme non seulement comme principale actrice de leur éducation mais aussi comme celle qui gère la majeure partie des tâches liées à la famille. Et l’École reprend parfois cette image : qui ne se souvient pas, à la maternelle, du coin « poupée » pour les filles et du coin « garage » pour les garçons ! Les enseignants, le plus souvent tout à fait inconsciemment, risquent de conforter les différences de comportement et d’aspiration qui finissent par faire la différence en faveur des garçons, surtout dans les cursus post-scolaires et professionnels.
Garçons et filles en classe
C’est ce que concluent les études socio-pédagogiques portant sur la gestion des classes et la nature des interactions entre élèves et enseignants. Ainsi, la parole est donnée plus souvent aux garçons qui mobilisent davantage la vigilance du maître qui craint d’être débordé. Les interactions sont également plus stimulantes pour les garçons dont on attend plus de capacité critique ou créatrice, en particulier dans les domaines supposés masculins, comme les sciences.
Ces différences éducatives expliquent de meilleurs résultats scolaires pour les filles parce qu’elles se conforment davantage aux règles et aux attentes de l’institution. Pour les garçons, elles se traduisent par une plus grande confiance en soi, une meilleure préparation à la compétition pour les filières élitistes et les positions professionnelles les plus élevées.
Si, comme pour les inégalités d’origines sociales, l’École n’est pas responsable au départ de ces différences éducatives, elle se doit de ne pas les aggraver, voire même de réduire leurs conséquences. Cela nécessite une vigilance de la part des enseignants pour adopter une même attitude, quel que soit le sexe des élèves à qui il s’adresse. Pour que dès l’école maternelle, on remplace les « gants de vaisselle de maman » par des gants roses en caoutchouc et les « gants de moto de papa » par des gants noirs en cuir !
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