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10 janvier 2007
Étude et carrière, désaccord parfait ?
Quelle est la place des jeunes femmes dans les filières scientifiques ? Comment faire carrière dans un univers qui reste très masculin ? |
45% des élèves de la série S sont des filles qui réussissent mieux au baccalauréat, mais que l’on retrouve moins en facultés scientifiques. Elles sont majoritaires en sciences de la nature et de la vie (57,7 %), en médecine et odontologie (57,2 %) et en pharmacie (66,7 %) mais très minoritaires en sciences fondamentales et applications (27,3% ) et en pluri-sciences (39,5 %). Dans les écoles d’ingénieurs le taux de féminisation est encore plus faible.
Les sociologues proposent plusieurs explications à ces orientations différentes.
Des représentations associent études et métiers à un sexe.
Or enseignants, COP, parents, élèves et manuels scolaires véhiculent ces représentations. Cela débouche sur une autosélection, une autocensure. Cela renforcerait l’image masculine des études scientifiques en limitant la place des femmes dans ces études et contribuerait à la forte différenciation sexuée des filières d’études scientifiques : aux hommes la théorie, la technique, les formations d’ingénieurs, aux femmes l’étude du vivant, de la nature, la formation aux soins du corps et de l’âme.
Résultats scolaires et milieu social
En conséquence, les filles connaîtraient une sursélection scolaire et sociale : chez les garçons on observe que les meilleurs élèves et ceux qui sont issus des milieux les plus favorisés sont plus fréquemment que les autres dans les filières scientifiques. Le phénomène est encore plus marqué chez les filles : des notes encore meilleures (et dans toutes les matières) et plus souvent encore issues de milieux très favorisés.
Une fois diplômée, la bataille n’est pas finie. La femme est perçue comme épouse et mère potentielle et donc peu disponible pour son travail
Mais comment comprendre que des femmes font des carrières scientifiques ?
Penser le travail au féminin
Les enquêtes montrent que ces femmes ont été portées par leur famille et qu’elles adoptent une organisation des temps sociaux (travail professionnel et travail domestique notamment) assez particulière. Le temps de travail requis pour faire carrière est long et prend une forme précise : allongement de la journée sans préavis par l’ajout d’une nouvelle réunion, sociabilité hors du temps et du cadre strict du travail... ce qui est discriminant sexuellement car les autres temps sociaux sont fortement sexués.
Ainsi, le temps professionnel des femmes est plus contraint que celui des hommes. Celles qui font carrière résolvent souvent la question par une organisation très serrée du hors travail et l’externalisation d’une bonne partie des tâches familiales : elles emploient d’autres personnes (souvent des femmes) pour assurer le travail domestique et s’occuper de leurs enfants pendant de longues journées afin de libérer leur temps de travail professionnel.
Filles et sciences, la relation simple et sans embûches n’est pas pour demain et supposerait des politiques fortes afin de diminuer le poids des stéréotypes mais aussi pour aider à la transformation des structures sociales qui font que les femmes et les hommes ne vivent pas selon le même rythme et que le temps de travail est pensé au masculin... pas neutre. Il faudrait aussi éviter que cela ne se traduise par le développement d’une certaine forme de domesticité.
Sources :
Christian Baudelot et Roger Establet, Allez les filles !, Paris, 1992.
Catherine Marry, Les femmes ingénieurs, une révolution respectueuse, Paris, Belin, 2004.
Catherine Nave-Bekhti, « Des femmes à responsabilité au CNRS, réflexions sur des récits de parcours improbables », in Les femmes dans l’histoire du CNRS, Paris, CNRS, 2004.
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