|
10 janvier 2007
La réussite scolaire des filles : succès et paradoxes
|
Toutes les études conduites sur la scolarité vont dans le même sens : les filles semblent tirer leur épingle du jeu scolaire. La récente publication du ministère de l’Éducation nationale sur le thème (Note d’info 6-2006 ) le confirme : « Les filles réalisent à l’école et au collège de meilleurs parcours scolaires. »
Meilleures « compétences » à l’entrée en CP, moindre taux de redoublement, réussite plus élevée aux examens. Ce bilan très flatteur cache d’autres constats : les filles perdent l’avantage en mathématiques et plus généralement en sciences alors que leurs performances en français continuent à dépasser celles des garçons.
Dans les deux cas, l’écart s’accroît au fil de la scolarité. Elles sont plus nombreuses dans les filières générales du lycée, et moins présentes dans les filières « moins rentables à la fois scolairement et économiquement ».
Choix d’orientation
L’entrée dans l’enseignement supérieur va confirmer et alourdir ces tendances. Comment expliquer cet écart entre le potentiel scolaire des filles et les choix restreints qui sont les leurs en matière d’orientation ? Poids des parents et de l’institution ? Soumission aux stéréotypes sexués ? Projection professionnelle réaliste ? Traduction de nouveaux modèles éducatifs ?
De façon schématique, on peut distinguer trois courants.
Le premier insiste sur le rôle du milieu éducatif. La prégnance du modèle traditionnel dans la famille contribue à développer chez les filles des qualités d’obéissance, d’écoute, d’ordre qui seront autant d’atouts à l’École.
Inversement, elles seront plus inclines à se sous-estimer, notamment en sciences, et plus réticentes à s’engager dans les filières les plus compétitives. En outre, les choix d’orientation se font à un moment où se construit l’identification sexuée, ce qui renforce la tendance. Les garçons, au contraire, en dépit de performances plus modestes, sont encouragés à choisir des cursus qui débouchent sur des professions mieux rémunérées et plus prestigieuses.
choix de carrière
Le second courant, représenté notamment par Marie Duru-Bellat, s’interroge sur la pertinence pour les filles d’opérer des choix plus audacieux. Compte tenu des contraintes qui seront les leurs dans leur vie privée, compte tenu des obstacles qu’elles vont rencontrer et dans leurs études et dans leur profession, quel est l’intérêt d’être des pionnières ? D’autant que, à formation égale, rémunération et perspectives de carrière ne sont pas à leur avantage.
Un troisième courant, s’appuie sur l’évolution du statut des femmes, soutenue par la scolarité. Les mères sont plus instruites, les familles plus soucieuses de la réussite des filles et celles-ci se montrent plus souvent que les garçons déterminées dans leurs choix professionnels. Or, d’une part les études et les carrières choisies ne sont pas nécessairement moins exigeantes (la magistrature en France tend à se féminiser), d’autre part cette orientation peut aussi être le signe d’une liberté plus grande vis-à-vis du « modèle canonique d’excellence fondé sur la compétition ». Enfin, une fille qui opte pour une filière « masculine » a des conditions d’insertion et de carrière plus favorables que celle qui se montre plus conformiste.
Quelles que soient les nuances de ces trois courants, aucun ne nie les progrès accomplis, aucun ne sous-estime les obstacles à franchir pour que la réussite scolaire des filles débouche sur une réelle égalité entre les sexes. Tous ces auteurs soulignent qu’aucun changement décisif ne sera accompli sans qu’il y ait pour les filles possibilité de se projeter dans un modèle familial et social vraiment différent. L’École doit changer et évoluer mais un nouveau partage des tâches et des rôles familiaux, une réelle volonté politique pour que la prise en charge des enfants ne soit plus l’apanage des femmes sont indispensables.
Témoignage de Mireille Pontier, professeure de sciences-physiques à Auxerre
"Depuis des années, la question de la diversification plus équitable de l’orientation des filles me travaille ! Alors, j’ai rejoint un groupe de profs de collège et lycée, de COP et nous essayons d’agir ensemble. Le chef-d’œuvre de notre groupe « filles et technologie » consiste à organiser chaque année un Carrefour des carrières au féminin (comme dans tous les départements de l’académie). Nous y convions des femmes engagées dans des métiers traditionnellement peu féminisés, elles témoignent, en tête à tête avec les élèves et leurs familles, de la possibilité d’accéder à ces métiers et d’y bien vivre. Nous privilégions à la fois les métiers nécessitant des études courtes (pour accompagner les orientations de fin de 3e) et des études longues.
Nous nous retrouvons aussi cinq à six fois par an pour réfléchir à des outils, en direction des élèves ou en direction des profs principaux, pour réfléchir à ces filières, aux blocages de nos représentations. Au lycée, avec les élèves dont je suis prof principale, j’essaie de provoquer des ouvertures, en utilisant les outils du groupe : cassettes vidéo, animations diverses... Avec les collègues, en salle des profs, en conseil de classe, c’est un « combat », ce sont des confrontations régulières... les représentations ne sont pas que dans la tête des élèves et de leurs parents ! Les chefs d’entreprise sont souvent plus ouverts que nous... »
|
|
Dans la même rubrique
[ Les autres ]
|