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12 janvier 2007

Léonora Miano est née au Cameroun en 1973. Auteure de l’Intérieur de la nuit (éditions Plon), elle a reçu le 13 Novembre 2006 le Prix Goncourt des lycéens pour Contours du jour qui vient.

Votre roman se situe dans le Mboasu, pays imaginaire d’Afrique équatoriale. Pourquoi ce choix ? À quelle réalité fait-il référence ?

Contours du jour qui vient appartient à un cycle de romans sur l’Afrique. Le premier contenait une scène assez horrible de cannibalisme. Des faits de cette nature se sont produits dans plusieurs pays et j’ai pensé alors que situer cet épisode dans un pays réel aurait stigmatisé toute une nation. Par ailleurs, je ne voulais pas présenter mon roman comme un témoignage, il ne s’agissait pas pour moi d’écrire un documentaire sur l’Afrique. Il me semble que le genre romanesque permet d’atteindre plus facilement le lecteur. Dans un roman, les problèmes sont incarnés par des personnages auxquels on peut s’attacher, les choses deviennent plus sensibles, plus palpables. Le phénomène des enfants dits sorciers est plus particulièrement observable en République Démocratique du Congo. Leur nombre peut atteindre plusieurs milliers dans certaines villes. Ils sont chassés de leur famille et livrés à la rue où ils rencontrent une extrême misère. Dans des régions où la croyance à l’invisible reste importante, on trouve dans l’accusation de sorcellerie un moyen de ne plus avoir à sa charge une bouche que l’on a du mal à nourrir. La famille reste une valeur importante, mais la société tolère ces abandons car les enfants dits sorciers sont considérés comme des entités maléfiques, non comme des êtres humains. Des associations se mettent en place qui les recueillent et tentent d’endiguer ce phénomène. Mais son ampleur est telle qu’il interroge sur toute la société. En rejetant autant d’enfants, c’est comme si on se refusait un avenir.

Après une guerre civile, quel rôle peut jouer l’École ?

Le rôle de l’école est essentiel pour la formation de l’individu et elle est un élément important pour la reconstruction de la société. Mais il ne suffit pas d’être instruit pour faire reculer la barbarie : les nazis étaient aussi des gens instruits ! Pour les enfants qui ont vécu les atrocités de la guerre, qui ont parfois commis des viols et des meurtres, la blessure est tellement profonde que l’École ne peut suffire. Au Libéria par exemple, la guerre a duré seize ans, cela signifie que les enfants de quatorze ans n’ont connu que la guerre. Comment faire comprendre à ces enfants que ce que l’on apprend à l’école est plus important que le pouvoir qu’ils ont eu avec une arme ? Comment leur faire accepter l’autorité d’un enseignant ? Une prise en charge psychologique est indispensable. L’Union européenne, notamment, finance de nombreuses actions en ce sens, mais le travail prendra des années. Il reste toute une génération à sauver.

Comment expliquez-vous le succès de votre roman ? Le prix Goncourt des lycéens a-t-il été l’occasion de rencontrer de jeunes lecteurs ?

Je ressens une grande fierté d’être la lauréate d’un prix attribué par de jeunes lecteurs qui ne sont pas influencés par le nom d’un éditeur ou par une critique journalistique. Les lycéens ont peut-être été sensibles au personnage de Musango qui construit son individualité dans un environnement hostile ou par l’importance et la complexité du lien mère-fille. Avant le prix, j’appréhendais beaucoup les rencontres avec les lycéens. Dans une société où l’image a tant d’importance, j’avais peur que les jeunes soient influencés par la manière dont je leur apparaîtrais, je craignais que leur lecture ne soit altérée par mon image. Les questions portaient alors souvent sur mon travail d’écriture, un peu comme s’ils cherchaient des recettes, un mode d’emploi. Depuis le 14 novembre, les rencontres sont beaucoup plus intéressantes, les questions portent sur le fond, elles me permettent d’abattre certaines idées reçues sur l’Afrique, d’expliquer mon point de vue. La parole est libérée du poids de la compétition. Je rencontre aussi beaucoup de femmes qui sont touchées par le personnage d’Ewenji, la mère de Musango. L’habillage culturel peut être différent, mais le fond humain est universel, chaque texte qui met en présence des êtres humains parle d’humanité, avant tout.



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