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J’enseigne les mathématiques en collège depuis trente-huit ans et, il y a vingt-cinq ans, la pédagogie différenciée et l’écoute active de l’élève que je pratiquais m’ont tout naturellement amené à me poser la question de la pertinence de mon évaluation. J’utilisais alors la notation sur 20 puisque, comme tout enseignant français normalement constitué, j’avais été « formaté » pour cela. Mais, avec mon orientation pédagogique, je ne me sentais plus du tout à l’aise pour appliquer l’équation : 1 élève = 1 note. Pour moi, l’objectif de l’évaluation est triple. Elle doit d’abord permettre à l’élève de savoir où il en est afin qu’il puisse progresser, à moi même de connaître ses difficultés éventuelles afin que je puisse l’aider efficacement et de vérifier si mon enseignement a porté ses fruits ou si des réajustements s’imposent. Pour ce faire, la notation est inadéquate, non scientifique, et même néfaste. L’élève qui a 10 a-t-il un « niveau » double de celui qui a 5 ? Cet élève, qui a 12 un mois plus tard, a-t-il progressé de 20 % ? J’ai donc décidé de ne plus noter mes élèves.
Hubert Boehringer
Témoignages Instituteur, j’ai été longtemps remplaçant (remplacements longs) trop souvent contraint de me couler dans le moule de fonctionnements préexistants. J’ai, de cette façon, connu successivement une situation où existait un carnet de notes classique (CE2-CM1), puis un peu plus tard (CE2), une évaluation reposant sur un livret de compétences (liste d’items avec « acquis », « en voie d’acquisition », « non acquis »).
Classiquement, après les évaluations, certains parents demandent à nous voir (pas les plus contents des résultats). J’ai ainsi en tête deux entretiens, sur le même modèle : enfant faible et mère inquiète.
Dans le premier cas, avec des 4/10 (notés larges), il m’était très difficile de positiviser un peu. J’avais en face de moi une mère répétant « ses notes sont mauvaises, ça ne va pas du tout », et se retournant vers son enfant qui faisait pourtant ce qu’il pouvait « il va falloir te mettre au travail ». Dans la deuxième situation, en m’appuyant sur le livret de compétences, j’ai eu plus de prise pour être, tout à la fois, plus crédible et plus positif. J’ai commencé par donner les acquis, par pointer ce qui allait, puis j’ai donné, à l’élève et à la mère, quelques perspectives d’amélioration (sans d’ailleurs nier les difficultés).
Dans la relation aux parents, le livret me semble permettre de complexifier un peu leur regard sur les apprentissages, et lutter contre les jugements à l’emporte pièce (il est nul !) dévastateurs pour l’investissement des élèves. C’est d’autant plus utile que les élèves les plus en difficultés ont fréquemment des parents qui ont un très mauvais souvenir de l’école. Éric Malo Cela donne à la famille des repères sur les savoirs et savoir-faire de son enfant, chaque évaluation précisant la compétence évaluée. Elle sait ainsi quelle aide apporter pour lui permettre de progresser. Cela permet à l’élève de connaître ses acquis et faiblesses, et donc de comprendre l’intérêt de travailler et de mettre l’accent sur certaines notions. Accompagnée d’un travail individualisé, cette façon d’évaluer lui donne des repères sur ce qu’il doit apprendre pour progresser, donne du sens aux apprentissages et le met en position d’autonomie par rapport aux connaissances à acquérir.
C’est la possibilité pour moi de posséder à un instant t une photographie de ma classe. En me situant du point de vue de la compétence, je peux adapter ma progression. Centrée sur l’élève, cette référence me permet de pointer avec précision l’aide à lui apporter dans son parcours d’apprentissages. C’est pour moi un des leviers de l’accompagnement de tous les élèves vers la réussite. Marc Ozanne
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