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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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Accueil >>Métiers >>L’évaluation des élèves

19 février 2007

En décembre 2005, Raoul Pantanella, enseignant et formateur, a coordonné le numéro 438 des Cahiers Pédagogiques [1] consacré à l’évaluation des élèves.

Quelles raisons ont amené les Cahiers pédagogiques à programmer un numéro sur l’évaluation ?

Les Cahiers pédagogiques reviennent régulièrement sur les problématiques que draine l’évaluation et qui déplacent leur point de gravité avec le temps. Nous voulons avant toute chose voir ce qui se passe réellement sur le terrain même des pratiques concrètes, dans les classes, auprès des enseignants et des élèves. En décembre 2005, avec le numéro 438 « L’évaluation des élèves », nous avons pu faire quatre constats majeurs qui justifiaient amplement qu’on se penchât à nouveau sur le sujet.
Une constante d’abord, toujours étonnante pour l’observateur : l’extraordinaire prégnance de la croyance des enseignants français en la justesse et en la rigueur de la notation sur 10 ou sur 20, en la pertinence de la moyenne générale à deux décimales... Avec pour conséquence visible et bruyante, l’attachement compulsif et patrimonial au système d’évaluation du bac, du brevet, des concours, la foi en la notation à la française. La seconde constante, dérivée en creux de la première, c’est la gêne voire le malaise que vivent les professeurs du fait qu’ils sont constamment sollicités en sens contraire par les pratiques évaluatrices : être simultanément celui qui d’un côté juge, tranche, « arrête » les choses et les apprentissages, celui qui sélectionne et trie, et de l’autre celui qui doit motiver, guider, encourager, relancer, former en continu y compris au moment de noter. Bref, le prof juge et partie. C’est parfois vécu comme mission impossible. Un troisième axe : alors qu’on demande aux maîtres d’être des « passeurs culturels » mais aussi des éducateurs à la citoyenneté solidaire et coopérative, des formateurs à la démocratie participative, l’évaluation et la notation traditionnelles les rejettent immanquablement vers les pratiques solitaires d’un pouvoir autocratique et sans partage. Enfin, nous avons pu (re)faire un dernier constat effarant : alors qu’il y a eu une levée de boucliers (y compris syndicaux...) contre l’introduction, à l’occasion des travaux personnels encadrés (TPE), d’une toute petite part de contrôle en cours de formation (CCF) au lycée, personne ne s’indigne que pour l’entrée en classe prépa ou en BTS, c’est-à-dire pour les formations post-bac les plus recherchées, celles qui mènent aux places et aux emplois, ce qui est pris en compte ce sont les résultats et le livret scolaires et pas le bac ! C’est-à-dire le seul contrôle continu... Le bac reste ainsi le passage obligé pour la piétaille qui va s’amasser ensuite sans orientation aucune au hasard de formations universitaires parkings... Apparemment ça n’indigne pas grand monde, cette évaluation-là !

L’éditorial est intitulé « Formative et si possible différenciée ». Peux-tu expliciter cette problématique ?

Pour dépasser les contradictions que je viens de souligner, il est impératif que l’évaluation devienne réellement « formative » et pilote une pédagogie différenciée. L’évaluation formative ce n’est pas seulement une série de techniques et de fiches à mettre en œuvre. C’est d’abord un certain regard porté sur l’élève et sur l’acte d’apprendre. C’est partir du postulat de l’éducabilité de tous et de son corollaire indissociable : l’élève peut seul décider d’apprendre, on ne saurait l’y contraindre. L’évaluation est alors un des outils dont le maître va se servir pour provoquer cette adhésion et rendre l’élève cognitivement actif. Elle saura valoriser les réussites, même partielles, avant de sanctionner uniquement les « fautes », elle provoquera l’auto-évaluation en permettant à l’élève, à tout instant et jusqu’au bout des apprentissages, de se « rattraper » et de remédier à ses erreurs. Elle variera les exercices, les tâches complexes et les dispositifs évaluatifs pour prendre en compte toutes les compétences... Bref, elle fera en sorte d’évaluer sans démolir et modifiera la pédagogie impositive, collective, et frontale.

Peux-tu évoquer certaines pratiques d’évaluation développées dans ce dossier qui te semblent significatives ?

Sur le terrain, les innovations sont nombreuses et fécondes. L’utilisation des évaluations nationales grâce aux outils informatiques, le pilotage avec les mêmes outils des conseils de classe « en couleurs », l’établissement du système des ceintures (comme en judo) pour l’orthographe, le calcul, le portfolio pour les langues, l’évaluation par le livret des compétences, l’évaluation de l’oral et des tâches complexes, bref les enseignants savent mettre leur imagination au pouvoir...

Quelles pistes dans ce dossier pour dépasser les blocages liés aux attentes différentes des enseignants, des élèves, des parents, de l’institution ?

Devant les contradictions et les blocages signalés plus haut, le point central et décisif est de proposer des outils pour que l’évaluation sommative, le contrôle continuel, les devoirs répétitifs, etc. ne soient pas les seuls instruments utilisés et que les dispositifs et les résultats de l’évaluation formative ne viennent pas à être anéantis par les exigences institutionnelles de la demande sociale et parentale. C’était aussi l’ambition de ce numéro 438 des Cahiers pédagogiques.



[1] Ce dossier est en vente sur le site des Cahiers Pédagogiques : http://www.cahiers-pedagogiques.com



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