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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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29 novembre 2007

Paris, le 23 novembre

Madame la ministre,

De nombreux observateurs estiment que l’université française est dans un état alarmant. Le président de la République a d’ailleurs déclaré qu’améliorer le système universitaire français est « l’une des missions les plus importantes et les plus urgentes pour l’avenir de notre pays ».
Par exemple, la situation matérielle des étudiants s’est encore dégradée ces dernières années. Ils sont de plus en plus nombreux à devoir subvenir à leurs besoins élémentaires et pour cela à accepter des « petits boulots » qui mettent en danger leurs études. Ces conditions d’études difficiles entraînent de plus en plus la sortie du système sans diplôme. Cette sortie, parfois dramatique, est inquiétante par son caractère massif.
Une lutte efficace contre l’échec, notamment en première année, réclame des moyens importants, tant en postes d’enseignants et de Biatoss qu’en investissement (locaux, moyens pédagogiques, accompagnement des étudiants en dehors des heures de cours...). L’insertion professionnelle des étudiants doit être améliorée. Le diplôme de docteur doit enfin être reconnu à sa juste valeur dans les conventions collectives.

L’ensemble de ces inquiétudes et de ces revendications explique et justifie la mobilisation de la communauté universitaire, même si nous ne partageons pas toujours les formes d’actions retenues, en particulier le blocage imposé par des minorités.

La première réponse que vous avez apportée à ces questions est la modification de la gouvernance des universités. Ce n’était pas le problème principal tant s’en faut, mais il est vrai que le fonctionnement interne des universités n’était pas satisfaisant et qu’il y avait un grand besoin de souplesse et d’autonomie. Le Sgen-CFDT s’est toujours prononcé pour plus d’autonomie des universités. La loi que vous avez fait voter par le parlement apporte un peu de souplesse mais elle peut ouvrir la porte à des évolutions qui ne nous conviennent pas. Elle accorde des pouvoirs démesurés au président en l’absence de lieux de contre-pouvoir, elle diminue de manière beaucoup trop importante la représentation des Biatoss et des étudiants, elle propose un mode d’élection du conseil d’administration qui peut livrer l’université à des groupes de pression internes ou aux intérêts particuliers. Enfin, elle facilite trop le recours aux emplois précaires et aux contrats hors statut. Pour le Sgen-CFDT, le statut de fonctionnaire est une des garanties de la nécessaire indépendance des universitaires.

La deuxième réponse que vous avez indiquée est le projet de budget 2008.Vous vous êtes félicitée de l’augmentation significative de ce budget.En effet, un des handicaps du système d’enseignement supérieur et de recherche français est la faiblesse de son financement (en crédits et en emplois), l’un des plus faibles parmi les pays technologiquement avancés. La poursuite de cette politique est à hauts risques pour la société et son économie. Cependant, le Sgen-CFDT estime que le budget 2008 n’est pas bon. Pour la première fois depuis de longues années, le budget ne prévoit aucune création d’emplois et se présente, pour l’essentiel, comme un budget en trompe-l’œil : aucune des mesures nouvelles n’améliore réellement ni le fonctionnement des universités ni les conditions matérielles des étudiants et des personnels. Pour le Sgen-CFDT, ces deux réponses, loi et budget, ne sont donc pas suffisantes pour démarrer une nouvelle politique de l’enseignement supérieur.

D’autant plus que l’un des problèmes les plus importants de l’enseignement supérieur en France est apparemment absent de vos réflexions. Il s’agit de sa structure éclatée (classes préparatoires et grandes écoles, BTS, universités), avec pour les « meilleurs » une voie royale vers l’encadrement sans passage par la recherche, et pour les universités l’obligation d’accueillir des étudiants mal préparés à ses cursus et des crédits frisant le ridicule. Ce système est notamment la cause du faible investissement des entreprises françaises en recherche et développement et de notre retard en terme d’innovation technologique car nos cadres supérieurs industriels ont peu de notions en recherche et en innovation. Enfin, les carrières de l’enseignement supérieur et de la recherche ne sont pas suffisamment attractives pour la jeunesse de notre pays. De plus en plus de bons étudiants hésitent à se tourner vers une voie difficile et contraignante qui au terme de longues études les amènera à des métiers trop mal rémunérés, trop peu reconnus, aussi peu valorisés.

C’est pourquoi, aujourd’hui, le Sgen-CFDT vous demande des engagements immédiats sur :
-  la mise en œuvre d’une politique ambitieuse de l’emploi scientifique avec une programmation pluriannuelle des postes ;
-  le démarrage d’une réflexion de fond sur la structuration de l’enseignement supérieur et sur la dichotomie entre le système des grandes écoles et l’université ;
-  une véritable politique d’aide matérielle et pédagogique aux étudiants qui repose, entre autres, sur des engagements définis dans le cadre du chantier « Réussite en licence » ;
-  une réunion immédiate du comité de suivi de la loi LRU qui examinera son application pour aboutir à un fonctionnement plus démocratique et à la limitation du nombre des emplois hors statuts ;
-  la revalorisation des carrières et la relance des chantiers sur les « jeunes chercheurs » et sur les « carrières des personnels » ;
-  l’attribution de moyens supplémentaires, garantis dans le temps, à l’enseignement supérieur et à la recherche.

Sur tous ces points il est temps que la concertation reprenne avec l’ensemble de la communauté universitaire.

Thierry CADART
Secrétaire général



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