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Les enseignants de maternelle se plaignent d’avoir des enfants de plus en plus difficiles... Comment analysez-vous ce phénomène ? Les incivilités sont effectivement plus fréquentes qu’autrefois en maternelle. Ce phénomène relativement récent est lié à la nouvelle relation éducative. Autrefois, on fonctionnait sur un mode autoritaire, arbitraire : l’enfant n’avait pas le choix. Aujour- d’hui, on prône le dialogue. Cette nouvelle relation est bénéfique, mais difficile à instaurer : elle demande temps, patience, dialogue. Ce n’est pas toujours facile pour les parents et certains enfants sont déboussolés. La force était plus efficace : elle préparait des adultes soumis pour un monde professionnel qui fonctionnait ainsi. Maintenant, on attend davantage des individus qu’ils soient à l’aise, qu’ils aient des capacités relationnelles, de l’autonomie, de l’initiative. La nouvelle donne éducative y contribue. Comment l’école peut-elle s’adapter à cette nouvelle donne ? Évidemment, pour les enseignants, c’est plus difficile.
Quand la classe fonctionnait sur un mode autoritaire, on pouvait avoir des classes à quarante. Faire passer la règle et la loi reste bien sûr nécessaire. Le faire avec respect des élèves, écoute, explications et dialogue, ça nécessiterait des effectifs beaucoup moins lourds que ce qu’ils sont aujourd’hui...
Si on prend le seul aspect du langage, l’enfant qui est de milieu fragile a besoin d’être dans une relation privilégiée à l’adulte pour se sentir en confiance, pouvoir s’exprimer et progresser. S’il n’a pas les mots pour dire, il va s’exprimer par l’agressivité, le contact corporel. Les troubles scolaires ou relationnels traduisent souvent des carences langagières. Comment peut-on aider l’enfant à trouver sa place et ses repères dans le groupe ? Il est très important de créer un sentiment d’appartenance et, pour cela, d’instaurer une vie de classe. L’enfant doit ressentir l’école comme un lieu qui lui appartient, où il a un vrai rôle. Cela passe par des projets de classe auxquels il participe, par des rythmes réguliers, par une bonne connaissance de tous les adultes qui interviennent dans l’école, par une personnalisation de la classe, rendue différente des autres. Un outil peut être le cahier de vie qui présente la maîtresse, l’Atsem, chacun des enfants avec leur fiche d’identité, les anniversaires, les activités de la classe... L’école peut-elle scolariser les enfants de deux ans ? Oui, mais à condition d’adapter les modalités de vie et d’apprentissage. Sur le plan psychique, un enfant de deux ans ne peut avoir un cadre sécurisant dans une classe de 25 ou 30. Il faudrait des groupes beaucoup plus réduits, surtout pour ceux qui n’ont pas construit chez eux le cadre sécurisant qui leur permet d’affronter la règle du groupe. Avec des tout petits, on ne doit pas faire du « scolaire ». Le jeune enfant a besoin d’activités ludiques, de manipulation, de sensations corporelles, de jeux de langage. L’enfant apprend beaucoup mieux en jouant car le plaisir accélère le développement de l’intelligence. Il a plus besoin de bobines et de ficelles que de fiches et crayons. Propos recueillis par Françoise Lebocey
Bibliographie Quels repères donner à nos enfants dans un monde déboussolé ?
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