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Depuis le début des années 1990, la scolarisation des enfants de deux ans se maintient autour de 35 %, mais elle continue de varier beaucoup d’un département à l’autre. Ces différences tiennent à la fois aux contextes culturels, à la répartition géographique des structures d’accueil collectif des jeunes enfants et aux choix de politique éducative des inspecteurs d’académie. En tête de peloton, figure la Bretagne qui doit dans ce domaine tenir la concurrence avec l’enseignement privé. En queue de peloton, l’Alsace, marquée par l’influence allemande, mais aussi Paris (où même les trois ans ont du mal à trouver une place) qui connaît le le plus fort taux d’équipement en crèches... La loi d’orientation sur l’Éducation du 10 juillet 1989 stipule dans son article 2 :
« L’accueil des enfants de deux ans est étendu en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne. » Mais depuis une dizaine d’années, la politique ministérielle s’est bornée à utiliser les tout petits comme variable d’ajustement pour gérer la carte scolaire. Le chantier, ouvert par Ségolène Royal, sur l’amélioration qualitative de la scolarisation des tout-petits est retombé dans l’oubli. Quant à Xavier Darcos, il déclarait récemment : « À titre personnel et non pas en tant que ministre, [j’] estime que la scolarisation commence à trois ans, et que l’école maternelle, lorsqu’elle accueille des "deux ans", répond davantage à des préoccupations sociales que scolaires. » Les effets, en terme de réussite scolaire, de la scolarisation des tout-petits sont difficiles à étudier. Agnès Florin, directrice du laboratoire de psychologie de l’université de Nantes, a rendu un rapport sur cette question en 1997 à la demande de Ségolène Royal.
Elle reconnaît qu’« il est très difficile d’isoler parmi tout ce qui peut influencer le développement de l’enfant une variable qui serait l’âge de la scolarisation à 2 ans », mais sa conclusion n’en est pas moins nette : « Si l’on considère les enfants en fonction de leur milieu social d’origine et en contrôlant leur âge, alors il s’avère que les enfants de milieux plutôt défavorisés tirent bénéfice de la scolarisation à 2 ans pour mieux développer leurs compétences langagières. » Le Sgen-CFDT considère que l’École, en particulier par l’accès qu’elle offre à la maîtrise du langage et du vivre ensemble, est un outil pour la réduction des inégalités. Et qu’il serait encore plus efficace si les conditions de scolarisation étaient mieux adaptées à l’accueil des tout-petits. Cela implique d’améliorer les liens avec les autres structures et professionnels de la petite enfance, de renforcer et diversifier l’encadrement et la formation, d’aménager les locaux et les rythmes de vie, en bref, de mettre l’enfant au cœur du projet d’école. Depuis des années déjà, des équipes ont réfléchi et ouvert des voies pour des modalités d’accueil originales et diversifiées. Renoncer sans autre forme de débat et dans le seul souci de faire des économies à l’accueil des enfants de deux ans, comme le ministère en laisse planer la menace, serait un recul inacceptable du service public. L’administration justifie sa réticence à ouvrir des classes pour les enfants de deux à trois ans par le constat, aussi sommaire qu’abusif, que « Les tout petits fréquentent mal et ne viennent que le matin. » L’équipe d’une école maternelle du Nord s’est penchée sur cette question avec l’objectif de favoriser la fréquentation du plus grand nombre, l’après-midi aussi. Car si peu d’enfants sont présents l’après-midi, c’est parce que les conditions d’accueil dans cette école ne le favorisent pas. Les capacités en lits ne suffisent pas pour accueillir tous les enfants à la sieste et à 13 h 30, heure de reprise de l’après-midi, bon nombre d’enfants sont chez eux en plein sommeil. L’équipe souhaitait favoriser à la fois le respect des rythmes du tout petit, le repas et la sieste à la maison, et la participation du plus grand nombre à l’après-midi de classe. Elle a donc proposé que les parents puissent ramener les enfants après leur sieste, à 14 h 30, afin qu’ils puissent participer aux deux heures de classes restantes. L’inspectrice a soutenu le projet, il reste à le faire adopter en conseil d’école puisqu’il modifie le règlement intérieur, notamment sur les horaires d’ouverture de l’école. Avec des horaires aménagés, les tout-petits sont les bienvenus à l’école... même l’après-midi. Nathalie Willemetz
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