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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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26 mars 2003

n°470

Après des mois de rumeurs d’autant plus soigneusement entretenues qu’aucun texte émanant du ministère ne venait les confirmer, la circulation de projets très avancés sur la réforme du recrutement et de la formation des enseignants connaît aujourd’hui une accélération brutale : mise en ligne sur le site du ministère du rapport commandé aux deux inspections générales sur La formation initiale et continue des maîtres, envoi aux organisations syndicales d’un projet de réforme du concours de recrutement des professeurs des écoles présenté comme applicable dès la session 2004, "document de travail" développant vingt-huit mesures pour Améliorer la formation professionnelle des professeurs.

Les propositions présentées dans ces trois projets convergent avec une facilité qui ne trompera personne, dans la conclusion qu’il faut détruire les IUFM. A peine arrivé au ministère, Luc Ferry saisissait la première occasion pour dire sa nostalgie des bonnes vieilles écoles normales trop tôt disparues, et tout le mal qu’il pensait des IUFM. Le chantier de la réforme a donc été ouvert sur des bases qui laissaient peu d’espoir : les conclusions étaient connues d’avance, il fallait réduire l’autonomie des IUFM et donc leur caractère universitaire. Sans jamais rappeler qu’en leur temps, les écoles normales d’instituteurs tout comme les centres pédagogiques régionaux ou les écoles normales nationales d’apprentissage faisaient l’objet d’assez vives critiques, on s’est complu à laisser se répandre quelques propos aussi négatifs que mal argumentés de "stagiaires mécontents". Ce qui permet d’affirmer aujourd’hui que tout ira mieux quand la responsabilité de la formation des futurs enseignants sera partagée entre les universités (dont le Sgen-CFDT n’a jamais contesté la participation à la formation des enseignants, qui d’ailleurs ne saurait se limiter à la délivrance du master !), "les établissements scolaires" (qui n’ont évidemment rien d’autre à faire que d’accueillir dans d’excellentes conditions les débutants qui leur seront confiés) et les rectorats (déjà très présents - rappelons que les conseils d’administration des IUFM sont présidés par les recteurs). Plus besoin d’IUFM.

À qui nous soupçonnerait de mauvaise foi, donnons à lire cette phrase de la page 47 du rapport des deux inspections : "Il est évident qu’une telle répartition des compétences et des responsabilités conduit à poser la question du maintien de l’institut universitaire de formation des maîtres dans sa configuration statutaire et fonctionnelle actuelle." ... Et la dernière phrase de la page de présentation des vingt huit mesures : "Ces indispensables réorientations impliquent un examen critique du cadre réglementaire organisant les IUFM qui doivent devenir de véritables Ecoles Professionnelles de l’Education Nationale".

L’E PEN ( !) sera au niveau national sous la tutelle de la DESCO (quid des contrats avec la DES ?), et au niveau local, en remaniant la composition des conseils, sous l’emprise directe du recteur. Ce nouvel établissement, en plus, sera à terme constitué uniquement de formateurs en service partagé, y compris les enseignants-chercheurs.

Pour autant, les trois documents évoqués plus haut ne se placent pas dans la même échelle de temps : si le rapport des inspecteurs généraux pense la formation des maîtres à moyen terme, les deux autres documents affichent un souci d’appliquer au plus vite les mesures de rupture politique.

Qu’on ne s’y trompe pas : dans l’état actuel des " projets " et des " documents de travail ", on est en face d’une opération non seulement d’extinction programmée des IUFM (tout n’est pas réalisable dans l’immédiat, d’où la distinction entre des mesures à appliquer dès la prochaine année scolaire, d’autres à mettre en expérimentation, les dernières relevant de groupes de travail), mais surtout de main-mise politique sur la formation des enseignants.

Il ne s’agit pas seulement de défendre le bilan des IUFM, mais de réagir par rapport à l’importance de la régression que constituerait l’application de ces projets. Qui aujourd’hui peut se satisfaire de voir la professionnalisation des enseignants réduite au seul compagnonnage, qui peut raisonnablement croire aux vertus quasi magiques du "terrain" comme lieu de mise à distance pour la formation d’un praticien réflexif ?

Il y a fort à parier que les inspecteurs généraux auteurs du rapport demandé par les ministres, et que l’on ne peut guère soupçonner de complaisance à l’égard des IUFM et de leur bilan, ont dû éprouver quelque surprise devant la brutalité, pour ne pas dire la rusticité des mesures envisagées.


Sommaire
-  1 - "Réforme" des IUFM ou mise à la réforme de la formation des enseignants ?
-  2 - Le Sgen-CFDT s’oppose à la liquidation des IUFM. Pour un retour au respect du droit international.
-  3 - Retraites : la fédération Sgen-CFDT appelle à la journée de grève le 3 avril. Journée d’étude. Assemblée générale de la branche enseignants du supérieur. Réunion formateurs IUFM. Communiqué de presse intersyndical décentralisation.
-  4 - Une offensive réactionnaire.
-  5 - Améliorer la formation professionnelle des professeurs.
-  10 - Communiqué de presse CD IUFM. Communiqué de presse Sgen-CFDT non au démantèlement des IUFM.
-  11 - Cneser du 17 mars 2003 : du baccalauréat aux écoles d’ingénieurs.
-  12 - La Recherche Publique en voie de démolition. Organisation des élections au CNU.
-  13 - Déclaration de candidature à l’élection des membres des sections du Conseil National des Universités.
-  14 - Compte rendu des qualifications 2003 des sections 4, 9, 14, 26, 61, 64, 66, 71 et 72ème du CNU.
-  16 - Coordinateurs élections 2003 : suite. JO/BO


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