Aujourd’hui, l’École représente un enjeu essentiel pour la vie démocratique de notre société : l’accès à la culture pour tous, la maîtrise des savoirs et savoir-faire, l’apprentissage du vivre ensemble, l’éducation à la citoyenneté, l’intégration sont autant de missions fondamentales de l’Ecole.
Le ministre se devait de le rappeler avec force. Il ne l’a pas fait.
L’École doit assurer plusieurs fonctions : sociale et culturelle, démocratique et économique. L’élève au centre du système éducatif, des itinéraires de formation diversifiés, des démarches pédagogiques adaptées : autant d’éléments essentiels pour qu’aucun élève ne quitte le système sans qualification.
Le ministre se devait de le rappeler avec force. Il ne l’a pas fait.
Aujourd’hui, l’École est au cœur des problèmes de la société. Les attentes la concernant n’ont jamais été aussi fortes et diverses. Chaque enseignant en fait le constat : le métier évolue, se complexifie ; son exercice quotidien se révèle plus difficile. Pour le Sgen-CFDT, la prise en compte de la nécessaire évolution du métier est déterminante pour conduire tous les jeunes à la réussite.
Le ministre se devait de le rappeler avec force. Il ne l’a pas fait.
Après des mois ponctués de petites phrases et de critiques à l’égard des IUFM, la remise du rapport des inspecteurs généraux et la divulgation des 28 propositions ministérielles, Luc Ferry fait connaître ses orientations.
Compte tenu des enjeux, les propositions du ministre concernant la formation des enseignants sont affligeantes. Si les grandes lignes de cette communication apparaissent en retrait par rapport au document des 28 propositions -sans doute l’effet des réactions syndicales et des mobilisations- rien ne garantit que les intentions ministérielles aient changé.
1/ La formation des maîtres est " recentrée " sur les connaissances à enseigner
Pour Luc Ferry, le métier d’enseignant consiste à maîtriser les disciplines en veillant à une bonne application des programmes. Le Sgen-CFDT n’a jamais nié l’importance de la maîtrise des connaissances, mais le métier ne se réduit pas à cela : qu’en est-il du travail interdisciplinaire, en équipes, du suivi individuel ? Qu’en est-il de la maîtrise de la classe, de l’hétérogénéité, de l’élaboration et de la mise en œuvre du projet, ou de la prise en compte de situations scolaires spécifiques ?
Décider aussi de ne pas prendre en compte des aspects essentiels du métier enseignant c’est à la fois :
- refuser de considérer les conditions concrètes nécessaires à la réussite de tous les jeunes ;
- ignorer l’évolution professionnelle engagée par de nombreux personnels et leurs besoins de formation ;
- diffuser une image de l’École non plus centrée sur l’élève mais sur le savoir, transformant le ministère de l’Éducation nationale en ministère de l’Instruction publique.
Cette vision réactionnaire tourne le dos aux valeurs fondatrices de l’École et constitue bien une remise en cause de la loi d’orientation de 1989.
Dans ce contexte, l’annonce d’une rénovation des concours de recrutement mettant mieux en évidence la maîtrise disciplinaire et la décision de rapprocher la 1e année d’IUFM des universités constituent deux mesures traduisant le déplacement du contenu et du pilotage de la formation initiale.
2/ Le développement de l’alternance doit mieux préparer les futurs enseignants
Le ministre a repris la proposition d’allonger la durée des stages en 2e année d’IUFM.
Sous prétexte de développer une formation en alternance prenant mieux en compte les réalités du métier enseignant, le ministre réduit sérieusement le temps de formation en 2e année d’IUFM.
Plusieurs raisons expliquent ce choix :
- une volonté d’économie de moyens : les stagiaires seront davantage dans les classes et pallieront ainsi en partie l’absence de créations de postes dans un contexte de fortes tensions dans le domaine du recrutement et des départs.
La perspective d’accorder officiellement des crédits de formation pendant les deux premières années d’exercice risque de n’être qu’une dérive, compte tenu de la situation actuelle de la formation continue.
- une volonté politique de ne concevoir la formation que sur le modèle du compagnonnage : c’est le transfert d’une partie de la formation aux écoles et aux établissements. Cette conception représente un recul très important sur le sens même de la formation des enseignants : la préparation au métier résiderait dans l’imitation de ceux qu’on vous donne en exemple. C’est la conception d’un métier immobile privé de toute distance critique par rapport aux modèles qu’on lui propose.
Ce que dit le projet c’est que l’enseignant doit être un répétiteur obéissant qui transmet un programme. C’est la revanche des conservatismes qui n’ont jamais accepté la création des IUFM et la volonté de remettre au pas formateurs et enseignants. Cette dangereuse vision du métier menace l’existence même de la profession d’enseignant.