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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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15 mai 2003

Colère, craintes, dépit, amertume, les sentiments provoqués par la décentralisation Côté rencontres ministérielles : dissimulations, mensonges, Côté Assises des libertés locales : grand messes ou forum de La décentralisation Raffarin n’est pas acceptable dans l’Éducation nationale et que les conditions de travail et Raffarin sont à la mesure d’une démarche gouvernementale qui a fait peu de cas de l’avis des personnels. improvisation, arrières-pensées, aucune n’aura permis de réel discussion de fond. notables, aucune n’aura abordé concrètement les problèmes des Cop, des Tos, des AS... car aucun argument n’a pu convaincre que le service public en fonctionnerait mieux d’exercice des personnels en sortiraient amélioré.

Parole d’ouvrier

Je pensais être intégré et reconnu comme l’ensemble de mes collègues Atoss appartenant à part entière à la communauté éducative. La reconnaissance de l’utilité sociale de mon métier dans le processus d’éducation me laissait croire que j’avais un rôle essentiel. On me disait que les missions qui m’étaient confiées étaient un atout important et irremplaçable pour la réussite de tous les jeunes quel que soit leur lieu d’études et dans la mise en œuvre de la politique éducative. Et bien non : cette reconnaissance est balayée d’un revers de main sous prétexte que l’on aurait plus besoin de moi. On m’impose d’aller voir ailleurs, peu importent mes inquiétudes, mon devenir, mes compétences, ce n’est pas le problème. Merci, on a plus besoin de vous. La raison d’État n’intègre pas mes états d’âme, on se débarrasse de moi et de mes tâches sans me demander mon avis.
-  J’ai reçu une « gentille » lettre de mon ministre essayant de me faire croire que là où on m’imposait d’aller je conserverai les mêmes missions, les mêmes valeurs au service de l’usager. Ce discours est loin de me persuader, pas plus que la méthode employée. Comment peut-on faire confiance à un ministre qui se débarrasse de vous en « bradant » le service public d’Éducation nationale contre un lieu de transit vers les entreprises privées.
-  En ce qui me concerne, je refuse ces « orientations » politiques. Mon expérience (28 années au service de l’Éducation nationale) me font dire que les Atoss, personnels de l’État, grâce à leur présence continue dans l’établissement, assurent une action éducative et des prestations irremplaçables. Nous avons su démontrer notre professionnalisme pour un meilleur fonctionnement des établissements et de meilleures conditions d’études pour les élèves. Notre efficacité doit au contraire conforter notre place dans la Fonction publique d’État au service de l’élève.
Alain Baury,Académie de Nantes

Parole de conseiller d’orientation psychologue

Reçue en mars, un matin, la lettre de Jules Ferry m’annonçant mon départ à la Région. Il n’a pas attendu très longtemps avant d’emboîter le pas au Premier ministre. Cela fait bizarre après trente ans de bons et loyaux services de se faire sortir du ministère dont on tire sa légitimité.
Pourtant la proximité cela me connaît, moi qui, dans les établissements dont j’ai la charge, informe et reçois les élèves et leurs parents, conseille l’équipe éducative et participe à la mise en place de la partie orientation du projet d’établissement. Au CIO, central dans ma ville, j’assure des permanences pour tous. Finalement me revoilà dans la lutte et dans la rue, pas seulement pour défendre mon statut, mais surtout pour défendre les valeurs de l’École, une conception humaniste de l’orientation et lutter contre le démantèlement du système éducatif. Car je ne suis pas seule dans ce transfert, Onisep, médecins scolaires, assistants sociaux, techniciens ouvriers de service font aussi partie de mon triste voyage.
Carole Delos, Académie de Montpellier

Parole de prof

Oui, les personnels Atoss ont un rôle éducatif. Ils connaissent les élèves, les élèves les connaissent. Ils se croisent quotidiennement, se parlent aussi. Ce n’est pas la salle de classe que les jeunes respectent, c’est déjà Madame N., OEA qui nettoie cette salle. Dans mon établissement, on dit Madeleine, c’est plus simple et tout aussi respectueux. Ils la respectent parce qu’elle est là en permanence. Ils se sont apprivoisés. Cette permanence arrange par ailleurs bien les choses, un peu comme dans une maison où l’on préfère réparer tout de suite le robinet qui goutte plutôt que d’attendre et d’être obligé d’appeler le plombier... ou les pompiers. Dans un établissement, c’est au quotidien que l’on nettoie, entretient, répare pour que l’usager (prof ou élève) soit dans de bonnes conditions de travail. C’est, j’en suis convaincu, plus économique et l’on a moins envie de dégrader, de salir ce qu’on a trouvé propre.
Je ne suis pas naïf et je sais bien que le respect ne se résume pas à la rencontre d’un jeune et d’un Atoss. Mais cette rencontre quotidienne y participe. J’ai peur que bientôt, ce quotidien n’existe plus.
René Grégoire, Académie de Dijon

Parole d’Assistante sociale

En 1995, j’ai été embauchée à la sortie de ma formation par le conseil général de mon département. J’ai été affectée dans un secteur rural où je me suis retrouvée écartelée entre les injonctions du président du dit conseil général et du maire du village. Les missions n’étaient pas modifiées, mais les actions prioritaires étaient variables selon les saisons ou selon les politiques. Un jour, j’ai reçu un coup de fil m’ordonnant d’agréer comme assistante maternelle une dame qui avait, semble-t-il, des relations aux conseil général.
La proximité, je l’avais dans les quartiers, mais comment entrer dans les établissements scolaires ? Je n’étais appellée que pour les urgences, pour signaler un élève en danger qui avait révélé par un dessin, une dissertation, des faits... La prévention n’existait pas et nous n’étions que des « pompiers ».
En 2000, j’ai passé le concours de l’Éducation nationale et je fais dorénavant un réel travail de prévention au quotidien avec les collègues CPE, Cop, enseignants, administratifs, etc.
Par exemple, dans la lutte contre l’absentéisme, les cas me sont signalés par la conseillère d’éducation quand la situation est bloquée : la famille ne répond ni au coup de Tél. ni aux courriers envoyés par l’établissement. Selon la situation rencontrée : maladie, problème familiaux, problème scolaire, un travail de partenariat est développé avec les partenaires extérieurs (AS du conseil général, centre médico-psychologique...) afin de traiter la difficulté et une analyse de la situation est faite avec les collègues enseignants pour envisager le retour de l’élève dans les meilleures conditions possibles.
Christine Cardinael, Académie de Lille

Parole de gestionnaire

Au-delà des inquiétudes que suscite le projet Raffarin, les personnels expriment un sentiment d’amertume teinté de révolte, provoqué par l’ignorance voire le déni de l’implication et du rôle des Tos dans les établissements scolaires.
Depuis des années, les personnels ouvriers et de santé contribuent à la réussite de nombreuses actions menées dans le cadre du projet d’établissement et du comité pour l’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC), retroussent leurs manches dans les manifestations de solidarité (là où les fonds sociaux ne suffisent pas à couvrir les besoins), prennent part à la gestion des foyers socio-éducatifs, participent activement à la vie de leur établissement au travers des conseils d’administration, commissions permanentes, conseils de discipline... ils s’appliquent à être attentifs à toutes les difficultés exprimées par nos élèves, se forment pour mieux les repérer.
Limiter la mission des Tos au seul entretien des locaux, c’est montrer une profonde méconnaissance du fonctionnement des établissements. Un comble pour le ministre de l’Éducation nationale et pour le gouvernement !
Jocelyne Vault, Académie de Rennes

Parole d’infirmière

L’équipe éducative, ce sont des fonctions, des réponses, des approches différentes dans des situations particulières graves, des problèmes économiques, de logement, des difficultés familiales. Suite à la décentralisation, on ne retrouvera plus l’intervenant spécialisé qui est capable de faire les démarches que nous n’avons pas le temps de faire.
L’appréciation d’une personne ressource ayant d’autres compétences est nécessaire, si nous, infirmière, n’arrivons pas à évaluer la gravité d’une situation et si elle requiert un signalement. On ne voit parfois qu’un aspect du problème, le manque de temps, de complémentarité empêche d’intervenir.
_ Les médecins, quant à eux, conseillent, notamment dans le cadre de la santé mentale et psychique, et permettent d’élargir aux réseaux, structures existantes. On est de plus en plus isolées dans la gestion de ces problématiques. Qu’en sera-t-il suite à la décentralisation ?
Jeannine Millet, Académie de Créteil

Parole de chef d’établissement

Il est demandé aux chefs d’établissements d’animer une communauté éducative : personnels Atoss, mais aussi conseillers d’orientation psychologues, assistants sociaux et infirmiers...
On connaît déjà les difficultés rencontrées, notamment dans le cadre du projet d’établissement, pour faire participer chacune de ces catégories à la préparation, puis à la réalisation de ces projets, en raison de la diversité des missions de chacun. Soyons lucides : il n’est pas aisé d’être chef d’orchestre. Et la partition sera d’autant plus délicate à interpréter si la décentralisation entraîne le passage d’une grande partie du personnel non-enseignant sous un autre statut. Car ces personnels, dépendant des conseils généraux et régionaux, vont se trouver devant des injonctions contradictoires entre la conception éducative dont nous sommes porteurs au sein des établissements et les missions prioritaires que souhaiteront leur assigner les collectivités dont ils dépendront (sans compter sur les éventuelles disparités entre les dites collectivités) : l’interprétation de la partition risque alors de se transformer en cacophonie...
Au-delà des préoccupations de fonctionnement actuelles, on peut également s’interroger sur des risques de privatisation de certaines fonctions assumées par les Atoss, comme la restauration et l’entretien notamment, auquel cas c’est la notion même de communauté éducative au service des élèves, telle que définie à l’article 15 de la loi d’orientation de 1989, qui éclaterait. N’est-ce pas déjà le cas dans un certain nombre d’établissements ?
Est-il nécessaire de rappeler les exemples de démantèlement de services publics (France Télécom, par exemple) auxquels nous assistons déjà...
Laurent Baudoin, Académie de Dijon



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