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25 juin 2003

L’invité de PE


28 juin 2003 - Contre les discriminations

Alain Piriou est un militant associatif. Il est porte-parole de l’Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter-LGBT).

Il est également trésorier du Mémorial de la déportation homosexuelle. Il est par ailleurs responsable pédagogique du Cédis, centre de formation pour élus locaux.

Qu’est-ce que l’Inter-LGBT ?

Il s’agit d’un collectif d’une soixantaine d’associations réunies pour mettre en œuvre un programme revendicatif, organiser la solidarité et promouvoir un travail de réflexion. C’est ce collectif qui, depuis 1991, organise la Gay pride (première marche en 1981) renommée en 2002 Marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans. Ce nom exprime un nouvel engagement en faveur des bisexuel/les, des transsexuel/les et des transgenres et le souci de renforcer leur visibilité dans la société. Cet événement a rassemblé quelques milliers de personnes en 1991, puis 80 000 en 1995 et 500 000 ces deux dernières années. Sa réussite tient beaucoup à l’équilibre trouvé entre les aspects festif et revendicatif.

Quel est le thème de la Marche cette année ?

Depuis trois ans le thème en est la lutte contre toutes les discriminations. Aujourd’hui, les dispositifs légaux qui permettent de lutter contre les différentes sortes de discrimination sont loin d’être équivalents. Nous réclamons la pénalisation des propos homophobes. Un seul exem- ple : Brigitte Bardot, dans un livre récent, peut inciter à la haine raciale et à la haine contre les homosexuels (entre autres). Elle sera poursuivie en justice par le MRAP pour les propos racistes, mais ne pourra l’être par les associations LGBT pour les propos homophobes car elles ne peuvent saisir la justice pour ce motif. Reçue en février au ministère de la Culture, l’Inter-LGBT a appris la mise en place d’un groupe interministériel. Le cabinet du Premier ministre a reconnu, en mai, qu’un changement de loi était nécessaire. Il ne semble plus y avoir de blocage politique, mais le gouvernement trouvera t-il le courage de mettre un tel texte de loi à l’ordre du jour ?

Dans quels autres domaines la loi devrait-elle être mise à jour ?

L’actuel projet de loi sur les retraites réforme un certain nombre de dispositions concernant les conjoints : allocation de veuvage, pension de réversion, départ anticipé à la retraite en cas de handicap ou de maladie incurable... Dans aucune de ces nouvelles dispositions, la situation des couples pacsés n’est prise en compte. Et pourtant, le pacte civil de solidarité reconnaît et organise la solidarité au sein du couple par un certain nombre de droits et de devoirs. Rien ne justifie qu’une distinction soit faite entre les couples mariés et les couples pacsés au regard des droits à la retraite.
Autres soucis importants : le sort des couples binationaux et le droit d’asile pour les réfugié/es lesbiennes, gaies, bi et trans. Certaines préfectures refusent d’appliquer les textes sur le Pacs qui permettent à un étranger pacsé avec un français d’obtenir une carte de séjour s’il fait la preuve d’une présence d’un an sur le territoire français. Le cabinet du ministre a assuré qu’il n’était pas envisagé de revenir sur les acquis du Pacs. Mais Nicolas Sarkozy vient de dévoiler un projet de loi allongeant le délai pour les étrangers mariés avec un Français ou une Française à deux ans. On ne sait rien des intentions du ministre sur le Pacs, mais il est évident que le délai sera allongé, reléguant dans la clandestinité des centaines de couples de même sexe.
Quant au projet de loi sur le droit d’asile, il prévoit de restreindre les conditions d’accès au statut de réfugié. Une liste de « pays sûrs » d’où les demandeurs d’asile seront systématiquement déboutés sans examen de leur dossier va être établie. Le critère, pour déterminer si un pays est sûr, tiendra t-il compte de la situation sociale des lesbiennes, gaies, bi et trans ? On peut en particulier être victime de menaces ou de persécutions même s’il n’existe pas de répression d’État. Nous n’avons aucune garantie à ce sujet.

Qu’attendez vous des organisations syndicales ?

Il y a aujourd’hui consensus des organisations syndicales pour reconnaître leur responsabilité dans la lutte contre toutes les discriminations qui s’exercent sur le lieu de travail. Reste à mettre au point et diffuser les outils pratiques qui aideront les militants, à tous les niveaux des organisations, à réagir comme ils ont appris à le faire contre le racisme, le sexisme ou le harcèlement moral. Actuellement, malgré les plaintes recueillies dans les permanences associatives, nous constatons qu’il y a très peu de cas qui aboutissent à un contentieux. Les discriminations à l’embauche sont difficiles à recenser et les discriminations homophobes, comme le harcèlement moral d’ailleurs, sont rarement faciles à mettre en évidence. Des gens sont parfois démolis, mais s’adresser à un juge constitue pour eux une épreuve insurmontable. La solidarité et l’action collective sur le lieu de travail sont nécessaires pour surmonter l’intimidation, d’où qu’elle vienne.

Quel rôle l’école a-t-elle à jouer ?

Il faut d’abord dissocier l’éducation sexuelle de l’enseignement de la biologie et la confier à ceux qui y sont préparés. Il peut s’agir de professeurs de biologie comme de tout autre enseignant ou intervenant extérieur.
Il faudrait bien sûr que la formation des enseignants fasse une place à la question de la diversité des sexualités et les prépare à certaines situations qu’ils sont susceptibles d’avoir à affronter. Pouvoir réagir à des propos homophobes, savoir répondre au coming out d’un élève supposent d’y avoir été préparé.
Il faut aussi arrêter de dissimuler l’homosexualité des personnages importants quand celle-ci a joué un rôle majeur ou constitue un facteur explicatif de leur action ou de leur œuvre. Ces personnages peuvent constituer des repères pour les élèves qui ne se reconnaissent pas dans la sexualité ambiante et risquent de s’enfermer dans l’isolement.
D’autres mesures qui ne coûtent rien montreraient que l’Éducation nationale ne se contente pas de bonnes intentions : affichage dans tous les établissements de la ligne Azur, agrément des associations qui ont fait la preuve de leur sérieux et de leur compétence.

Propos recueillis par Michel Debon et Émile Pinard

Profession Éducation n°128 juin-juillet 2003



-  L’association : www.inter-LGBT.org
-  La Marche : www.fiertes-LGBT.org
-  >sur Eduscol : Éducation à la sexualité www.eduscol.education.fr/ D0060/default.htm


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