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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
et de la Recherche publique


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3 septembre 2003

L’invité de PE

Lucile Barberis est militante de l’Agiem depuis sa sortie de l’école normale en 1970 et présidente nationale depuis septembre 2001.

Elle a été maître formateur pendant cinq ans puis conseillère pédagogique pendant 21 ans dans le département du Var.

Quelle place tient aujourd’hui l’Agiem dans le champ de l’Éducation nationale ? Quels sont les principaux axes de son projet associatif ?
Dans le projet associatif qui a été approuvé à l’AG de Rouen en 2002, nous avons choisi de rappeler que nous sommes une association, c’est-à-dire un espace de partage, de mutualisation de pratiques pédagogiques et de la culture pédagogique de l’école maternelle à laquelle nous sommes attachés. Nous sommes une association professionnelle qui produit des outils et qui vit des actions en partenariat avec d’autres associations laïques et avec les différents niveaux de notre institution Éducation nationale.
« Être partenaire, c’est être engagé loyalement mais c’est garder son indépendance morale et sa liberté de parole ». L’Agiem doit rester sur son terrain en montrant, en expliquant, en témoignant de ses choix pédagogiques dans l’intérêt des enfants. Au cours de ces derniers mois, j’ai invité nos collègues, à plusieurs reprises, à être en alerte et en résistance professionnelles : je renouvelle cette incitation aujourd’hui.

Comment voyez-vous l’avenir de l’école maternelle ? Quels sont les défis à relever pour faire valoir son importance et sa spécificité ?
Nous voulons convaincre nos collègues de ne plus céder aux pressions, souvent familiales ou institutionnelles, de reprendre confiance en eux pour montrer leurs pratiques professionnelles en toute sérénité en prenant appui sur les nouveaux programmes afin de conforter ou de réactiver des démarches pédagogiques liées au « jeu, à l’expérience sensible, à la recherche autonome... » et ainsi d’éclairer la spécificité de la pédagogie de l’école maternelle. Nous voulons penser que l’avenir de l’école maternelle sera en partie lié à la force de conviction et de témoignage de notre association.

Le ministère a beaucoup parlé des CP à l’occasion de ses annonces sur la lutte contre l’illettrisme. L’école maternelle n’est-elle pas un pallier déterminant pour les apprentissages ?
Dans une interview destinée au site internet que le ministère prévoie de consacrer à la lutte contre l’illettrisme, j’ai rappelé le rôle essentiel de l’école maternelle dans la prévention de ce phénomène. Le livret Lire au CP, bien qu’il souligne les apprentissages menés à l’école maternelle et la démarche de cycle GS-CP-CE1, a pu laisser penser que la prévention ne commençait qu’au CP. Dès la petite section, il nous revient de faire vivre aux jeunes enfants une « scolarité réussie » comme le dit la première phrase des programmes, c’est-à-dire une dynamique de progrès permanent qui varie selon les capacités de l’enfant, mais qui ne le met jamais en échec. Nous avons aussi dénoncé la primarisation abusive constatée essentiellement dans les grandes sections. Nous ne nous reconnaissons pas dans l’usage excessif des photocopies, l’abandon des coins de jeux, l’abandon des approches ludiques qui sont légitimes parce qu’elles s’appuient sur le développement de l’enfant, ses besoins, ses savoir-faire, ses centres d’intérêts.

Qu’attendez-vous des organisations syndicales ?
Une prise en compte des idées que nous défendons, des priorités et des choix que nous faisons pour « défendre et promouvoir les droits et intérêts généraux des enfants des écoles et classes maternelles publiques en même temps que ceux de l’équipe éducative » ainsi qu’il est inscrit dans nos statuts depuis l’origine de notre association en 1921.

Vous avez choisi les technologies de l’information et de la communication dans les enseignements (Tice) comme thème du congrès 2003 à Poitiers ? Quelles conclusions pouvez vous déjà tirer de ces travaux ?
-  Nous serons certainement amenés à le traiter à nouveau dans quelques années pour approfondir des questions comme l’influence des Tice sur la classe elle-même, sur l’acte d’enseigner, sur la pédagogie... Mais dès cette année nous avons pu montrer que la réussite et la variété des utilisations des équipements et outils technologiques à l’école maternelle, davantage sans doute que dans d’autres niveaux du système éducatif, tient en partie au fait que, par tradition culturelle et pédagogique, notre approche de toute innovation n’est jamais « technicienne » ni « techniciste », réductrice. La pédagogie du projet, qui est toujours mise en œuvre, permet de placer l’enfant au centre des activités et au centre de la classe. Et ainsi, les Tice deviennent un outil - comme le crayon ou le pinceau - et une manière de revisiter les domaines d’activités de l’école maternelle. Nous avons ainsi pu constater, à notre mesure, que le progrès technique ne suffit pas à créer un progrès de la communication humaine et sociale. Et qu’il ne suffit pas que les messages et informations circulent vite pour que les hommes se comprennent mieux.
Nous avons apporté notre pierre à cette réflexion. Mais ce congrès restera surtout comme un moment fort pour la promotion et la défense de l’école maternelle puisqu’il s’est déroulé à la fin du mois de juin 2003. Après toutes ces journées de tourmente vécues par les collègues, engagés ou non, à titre personnel, dans les mouvements de grève, il a été l’occasion de réaffirmer avec force notre identité, notre engagement professionnel pour une école maternelle de qualité.

Propos recueillis par Françoise Lebocey


Le site de l’Agiem :www.agiem.fr


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