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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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24 novembre 2003

N° 480

On connaît la chanson que Luc Ferry avait de nouveau entonnée le 9 octobre à la Sorbonne : chacun doit s’engager dans la lutte sans pitié pour faire gagner son université en « compétitivité ». Surtout, chacun doit être lui même pleinement investi dans la concurrence qui l’opposera désormais à tous les autres afin que les splendeurs de l’excellence française illuminent le monde. Et pourtant les modalités de négociation du passage au LMD ne peuvent que laisser sceptique quant à leur effet sur le développement de l’engagement des personnels.

Des nouvelles modalités d’examen et d’évaluation des propositions issues des établissements, seule la mise en place - et avec quels retards et hésitations ! - des comités de suivi marque une différence avec les bonnes vieilles pratiques de l’administration centrale. L’opacité des procédures où l’anonymat des experts continue de dominer, incite à des stratégies qui ont pour premier effet de donner la prime aux rapports de force locaux. Ceux-ci ne sauraient garantir la qualité réelle des projets. En d’autres termes : alors que l’ouverture du débat et l’incitation à l’initiative ont été annoncées comme des éléments dynamisants et stimulants, et qu’elles devraient constituer un moyen d’engager le changement, c’est l’inverse qui commence à s’affirmer. Les personnels donnent les premiers indices du découragement et du désengagement qui les gagne : ainsi, par exemple, le nombre de propositions de licences professionnelles décline pour des raisons qui ne tiennent évidemment pas plus au manque de besoins que d’imagination. Les conditions dans lesquelles certains projets ont été balayés, sans audition des porteurs et pour des motifs parfois très peu explicites, ont incité leurs promoteurs au repli pour un bon bout de temps. L’erreur du management ministériel aura été de croire que les établissements détiennent un fond inépuisable de bonnes volontés usables à merci.

Plus gravement encore, le LMD s’enferre dans les contradictions qui expriment l’impuissance du pouvoir central à permettre à notre système universitaire de s’adapter aux impératifs de l’évolution sociale depuis trente ans : la pluridisciplinarité aura toujours été parmi les priorités affichées - et on le comprend en discutant un peu avec nos collègues étrangers que nos enfermements disciplinaires éberluent - mais un dossier ne sera reconnu comme « sérieux » par les experts qu’en justifiant de sa pure orthodoxie monodisciplinaire ; les licences professionnelles doivent promouvoir de nouveaux métiers, mais on récuse systématiquement les projets qui ne sont pas soigneusement enfermés dans les grilles des nomenclatures de l’INSEE ; les IUP, présentés comme exemple d’innovation, sont menacés... Chacun pourra compléter la liste à partir de ses observations personnelles.

Depuis quelques années, l’innovation et l’expérimentation sont pourtant revendiquées avec ferveur par le ministère... elles sont même en passe de devenir « permanente » avec le DNTS qui vient d’être reconduit comme expérimental pour la huitième année consécutive !

Subordonner le changement à la routine des procédures ministérielles devient ainsi un nouveau mode de « gouvernance » à distance des établissements : à charge pour eux d’organiser les rivalités internes pour stimuler la productivité de leurs troupes. Beau changement d’idéal et de valeurs !

Inutile de dire que ce ne sont pas les nôtres et qu’en partenaire attentif d’une transformation nécessaire du système public d’enseignement supérieur le Sgen-CFDT ne peut que déplorer la vaste opération de découragement qui est en passe de réussir.

Le secrétariat, le 17 novembre 2003



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