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1er novembre 2002
L’éducation à la citoyenneté est une démarche
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L’éducation à la citoyenneté ne peut donc être l’objet d’une discipline spécifique. Quel qu’en soit son contenu, il serait vain d’attendre d’un enseignement d’éducation civique, juridique et sociale qu’il puisse former seul les citoyens dont nous venons d’évoquer les qualités ; d’autant plus s’il doit faire l’objet d’une évaluation au baccalauréat. Peut-on espérer décerner un brevet de citoyenneté de cette manière ?
Aussi (re)construire une morale civique nécessite-t-il d’envisager l’éducation à la citoyenneté comme une démarche globale, transversale, dynamique.
Démarche qui doit pouvoir faire appel à toutes les disciplines, tant en termes d’acquisition de savoirs qu’en termes de maîtrise de savoir faire spécifiques : être capable d’argumenter et débattre, apprendre à réguler positivement les conflits et à vivre ensemble, etc...
Démarche qui conjugue nécessairement et solidairement :
- la relation entre les individus : les jeunes n’ont en général choisi ni l’établissement - ce sont parfois leurs parents qui le font pour eux - ni la classe dans lesquels ils vivent l’essentiel du temps de la semaine. Il est alors indispensable que ce temps joue un rôle déterminant dans le processus de socialisation qui doit amener chaque individu à considérer qu’autrui, loin d’être un obstacle à l’expression de sa liberté qui ne serait alors qu’individuelle, est au contraire la condition même de la mise en œuvre de cette liberté, qui devient alors collective au sens de solidaire.
Faire apparaître la loi et les règles, non comme un (but) absolu, mais comme un moyen nécessaire à la vie en société est une des tâches - peut-être un défi - que l’institution scolaire se doit d’assumer aujourd’hui. Mais respecter la loi et les règles suppose aussi pour chacun - adulte ou jeune - non seulement de les connaître, mais aussi et surtout de pouvoir participer à leur élaboration, de pouvoir mettre en œuvre des procédures de modification.
- la relation aux savoirs et aux apprentissages : c’est au cœur même de l’acte d’enseigner que se joue aussi l’éducation à la citoyenneté. Il s’agit de respecter l’élève comme sujet apprenant, en s’appuyant sur ses acquis antérieurs, scolaires ou non, en insistant davantage sur une démarche de questionnement que sur l’acquisition de connaissances. De plus l’élève n’apprend pas seul, mais en interaction avec ses pairs. L’évaluation doit donc tenir compte du caractère éminemment « relationnel » de cet apprentissage : on ne devient pas citoyen sans référence à autrui.
Cela implique également de la part de l’adulte une réelle cohérence entre les valeurs qu’il affirme et les actes qu’il pose au quotidien.
- le fonctionnement institutionnel de l’établissement : dès l’école primaire, il faut impliquer les élèves au sein de divers conseils (journal, élaboration de règles de vie, ...). Au collège, puis au lycée, il faut s’attacher à améliorer la participation effective et efficace des élèves aux instances reconnues (conseil de classe, conseil de la vie lycéenne, conseil d’administration, comité d’environnement social et citoyen, ...).
Par ailleurs, il faut encourager l’implication des élèves dans le fonctionnement du foyer socio-éducatif et des clubs au collège, de la Maison des lycées et diverses associations au lycée. Il faut en particulier s’appuyer sur les textes définissant et réglementant les droits des lycéens.
Enfin, il conviendra aussi de mettre en place des lieux de parole et/ou des instances de médiation et de régulation des conflits, de l’école primaire jusqu’au lycée.
Démarche qui implique les divers acteurs intervenant et/ou vivant dans l’établissement :
- les élèves : chacun d’eux doit se sentir reconnu, écouté et investi d’un pouvoir sur son environnement et son devenir. Dès l’école primaire, il faut veiller à confier à chaque élève des responsabilités. L’expression de chacun, en particulier celle de ceux qui, ayant le sentiment d’être les plus rejetés, nourrissent à son égard des sentiments ambigus, mêlés d’attirance et d’espoir parfois, mais aussi de rejet, voire de haine, doit être favorisée.
L’élection des délégués de classe et des représentants élèves dans les divers conseils de l’établissement doit être l’occasion d’une « journée citoyenne » particulièrement bien préparée. Cette journée doit être précédée d’une « campagne » donnent l’occasion aux élèves de prendre conscience des enjeux de cette élection à travers la compréhension du fonctionnement institutionnel de l’établissement. Les divers candidats doivent pouvoir exprimer à leurs camarades la signification qu’ils donneraient à leur éventuelle élection. Les heures de « vie de classe » - tant en collège qu’en lycée - doivent être l’occasion d’accompagner les élèves dans une démarche de prise de conscience et de communication. Leur utilisation doit être l’occasion privilégiée d’exercer son apprentissage de citoyen : préparation des élections des délégués, évocation de problèmes ou difficultés internes à la classe, élaboration de projet(s) collectif(s), ... sont autant d’occasions d’exercer ses responsabilités, individuelles et collectives.
Enfin la formation des délégués et élus doit être mise en place dans chaque établissement selon un planning validé par le CA et en y impliquant d’autres acteurs adultes que les seuls CPE. En particulier des intervenants extérieurs pourront être utilement sollicités.
- les adultes travaillant dans l’établissement : équipe administrative, enseignants, doc, CPE et MI/SE, ouvriers, techniciens, infirmière, médecin scolaire, assistante sociale, COP, aides-éducateurs, CES, ... chacun doit se sentir impliqué, ou à tout le moins sensibilisé, dans cette éducation à la citoyenneté, les uns et les autres doivent se considérer - et être considérés - comme co-éducateurs des jeunes fréquentant l’établissement. Sans doute est-ce une condition nécessaire à un respect réciproque des uns par les autres.
- les parents : sans conteste, ils sont - ou devraient être - les éducateurs privilégiés de leurs enfants. Ils doivent, a priori, être reconnus comme tels par l’institution scolaire. Cependant nombre de familles attendent beaucoup - trop ? - de l’école, même si certaines d’entre elles donnent l’impression de se désintéresser de l’école et du devenir de leur(s) enfant(s). Les raisons à ce « désintérêt » apparent sont multiples et il convient de les connaître et analyser : difficultés particulières (familles désunies, chômage, dettes,...), différences culturelles, peur et/ou réticence vis à vis d’une institution de laquelle ils n’ont eux-mêmes pas gardé de bons souvenirs, difficultés à assumer leur rôle de parents et éducateurs.
Impliquer les parents dans les divers ateliers mis en place en primaire, améliorer la communication avec les familles, avoir si nécessaire des contacts avec elles, disposer de lieux de rencontre appropriés au sein de l’établissement sont des moyens à mettre en œuvre pour que s’instaure un dialogue entre parents et institution. Pouvant être conduit à avoir un rôle moteur dans ce dialogue, le professeur principal devrait disposer d’un temps, inclus dans son service, pour remplir cette fonction.
Les parents élus ou présents dans les diverses instances de l’établissement devraient avoir le souci de collaborer à ce dialogue entre chaque famille et l’établissement. Afin de pouvoir participer correctement à ces diverses instances (conseil de classe, conseil d’administration, ...), un statut de l’élu parent devrait être reconnu.
- les divers partenaires : collectivités locales, comité de prévention de la délinquance, police, justice, diverses associations présentes dans l’espace éducatif local,...
Chacun de ces partenaires, en fonction de ses compétences, à son initiative ou à celle de l’établissement, mais toujours en cohérence avec le projet éducatif de ce dernier, doit trouver sa place dans la dynamique éducative.
Démarche qui trouve sa cohérence dans un Projet d’établissement dont les divers aspects doivent avoir le souci de s’inscrire dans cette dynamique d’éducation à la citoyenneté. Pour qu’un consensus puisse émerger à son sujet, ce projet doit être piloté par un groupe ad’hoc et des procédures d’évaluation et d’évolution doivent être mises en place.
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