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7 décembre 2003
Débat national sur l’avenir de l’École
Le PS et l’UMP répondent au Sgen-CFDT
Le Sgen-CFDT a adressé aux responsables éducation des deux principaux partis représentés au Parlement deux questions à propos du débat sur l’avenir de l’École.
Les réponses des responsables éducation du PS (Yves Durand) et de l’UMP (Pierre-André Périssol). |
Votre parti a-t-il décidé de s’investir dans le grand débat national sur l’École ? Sous quelle forme ?
L’UMP s’engage avec conviction dans le débat sur l’avenir de l’École, qui a été voulu par le Président de la République. Je l’avais réclamé avec force voici un an lors du débat budgétaire.
Nous serons vigilants pour que ce débat débouche sur des actes. Nous veillerons
à ce que le Parlement soit associé à la définition des orientations qui seront issues du débat.
L’UMP apportera toute sa contribution au débat en appelant à participer aux débats dans les établissements et les arrondissements, puis en organisant elle-même des forums dans chaque département. Elle s’est engagée dans la commission comme le PC et l’UDF, contrairement au PS qui n’a pas jugé utile d’y désigner des parlementaires pour le représenter. Nous considérons que chacun doit s’impliquer dans le débat en le considérant comme une chance de faire bouger les choses afin de construire ensemble l’École de demain.
Le Parti socialiste s’investit depuis longtemps non seulement dans le débat sur l’École, mais aussi dans le nécessaire débat sur l’Éducation. En effet, il nous apparaît que si l’École est au cœur de l’Éducation, celle-ci ne se réduit pas au seul temps scolaire. Pour nous, l’Éducation est au centre du projet de société que nous devons élaborer pour opposer une véritable alternative à la politique conservatrice, voire réactionnaire, qui se met en place depuis les élections du printemps 2002.
Nous souhaitons donc participer à tous les débats qui concernent l’École et plus généralement l’Éducation, quels qu’en soient les initiateurs, notamment les organisations syndicales et les associations de parents d’élèves.
Si nous n’avons pas souhaité participer à la « commission Thélot », c’est parce qu’il nous a semblé, dès le début, que la nature et la mission de cette commission l’amenaient plus à
élaborer des propositions qu’à dégager un véritable diagnostic partagé. S’il est de la compétence d’un gouvernement de faire des propositions tant aux syndicats qu’aux parlementaires, celles-ci doivent rester de sa stricte responsabilité. En aucun cas, nous ne souhaitons cautionner, par notre présence au sein de la « commission Thélot », des orientations de politique éducative que nous condamnons.
Mais il est bien entendu que les socialistes auront à cœur d’exprimer clairement les grandes lignes de leur projet éducatif et la conception qu’ils se font de l’École lors des réunions décentralisées organisées dans le cadre du grand débat sur l’École.
C’est aussi parce que nous considérons qu’on ne pourra pas construire une société solidaire sans bâtir dans le même temps l’École de la réussite pour tous, que nous avons initié les Assises de l’Éducation, auxquelles nous souhaitons voir participer l’ensemble des partenaires du monde éducatif : syndicats enseignants, associations de parents d’élèves, syndicats ouvriers, associations d’éducation populaire et élus.
C’est au cours de ces Assises que nous voulons élaborer ensemble le projet éducatif qui doit permettre d’offrir à tous les jeunes de notre pays les possibilités de développer leur parcours de la réussite.
Quels sont pour vous les trois aspects les plus importants à traiter dans ce débat ?
PS - L’École républicaine a réussi l’extraordinaire pari de s’ouvrir à l’ensemble des enfants. Il nous reste à leur offrir les mêmes chances de réussite dans la vie, qu’elle soit professionnelle, sociale ou personnelle. - C’est pourquoi la première des priorités est de relancer le temps de la scolarité obligatoire de 6 à 16 ans (et pourquoi pas 18), permettant d’allier le souci d’une même exigence pour tous et l’individualisation des méthodes pédagogiques qui permettra de prendre en compte la diversité des élèves. Pour le Parti socialiste, c’est bien l’élève et, au-delà, le jeune qui reste au centre du système éducatif. En ce qui nous concerne, nous restons fidèles à cette philosophie, celle qui inspire la loi d’orientation de 1989 que le gouvernement de droite compte aujourd’hui remettre en cause.
- La deuxième priorité est d’élaborer une véritable politique d’accueil de la petite enfance : nous pensons en effet que c’est dès la petite enfance que se creusent les inégalités sociales et culturelles, que l’école a pour devoir de combattre. Si la France détient la meilleure école maternelle du monde (qu’il faut d’ailleurs défendre contre les attaques du ministre actuel), il faut aussi envisager autour de l’école maternelle des formes de passerelles entre le milieu familial, le système des crèches et l’école proprement dite. Là aussi, comme pour l’école obligatoire, il s’agit de respecter les rythmes individuels de la socialisation des enfants.
- Troisième priorité : nous devons donner un contenu réel à la formation tout au long de la vie après la sortie de l’école obligatoire. D’une part, en imposant une véritable démocratisation de l’université, d’autre part, en sortant la formation tout au long de la vie du seul objectif strictement professionnel.
Ces trois priorités doivent trouver leur cohérence dans un projet éducatif global, dont le socle est l’École républicaine qui doit redevenir le centre de la cité parce qu’elle est au cœur de la citoyenneté.
UMP - La première priorité est de définir notre ambition commune pour l’École. Aujourd’hui, les enseignants et les personnels éducatifs sont confrontés à un grand nombre d’élèves en situation d’échec, qui rendent la tenue des classes très difficile. Ces élèves sont en situation d’échec, car ils n’ont pas acquis les bases sans lesquelles aucune réussite n’est possible quelle qu’elle soit - réussite dans la poursuite de leurs études, réussite plus tard dans leur vie professionnelle et leur vie de citoyen. La Nation ne peut pas laisser ses enseignants seuls face à cette situation, source de démotivation et de mal-être. La première des priorités consiste donc à assigner à l’École une grande ambition : conduire tous nos jeunes à une formation réussie. Pour cela, l’École doit d’abord transmettre à 100 % d’entre eux un socle commun de fondamentaux tout au long de leur scolarité obligatoire. Des bases à définir dans le domaine des savoirs, mais aussi dans celui des compétences et des règles de comportements civiques et sociaux.
- La deuxième priorité consiste à se donner les moyens d’obtenir 100 % de réussite dans l’acquisition des fondamentaux. Cela passe par une plus grande personnalisation des modes d’acquisition. L’uniformité du rythme auquel l’ensemble des élèves est censé absorber le programme est source d’échec pour ceux d’entre eux qui ont besoin de plus de temps ou de maturité. En permettant à chaque élève de consacrer le temps et les efforts à l’intérieur du temps scolaire, dont il aura besoin pour acquérir le socle commun de fondamentaux, on donnerait aux enseignants plus de chances d’éviter l’échec en amont.
- La troisième priorité consiste à redonner toute leur attractivité aux métiers de l’enseignement. Enseignants et personnels éducatifs pourront trouver des raisons de motivation et de confiance avec la mise en œuvre des deux premières priorités leur permettant de faire réellement reculer l’échec dans leur classe.
Au-delà, il est nécessaire de mieux reconnaître les réalités actuelles de ces métiers, qui ont profondément évolué ces dernières années, et d’ouvrir sur ces sujets le dialogue avec les partenaires sociaux. Il apparaît essentiel, à cette occasion, de redéfinir les métiers de l’enseignement et d’aborder les dossiers de la formation, initiale et continue, avec le principe d’un droit individuel de formation, des recrutements, de la gestion des carrières avec des possibilités pour les enseignants d’exercer de nouvelles responsabilités dans les établissements ou bien d’évoluer vers d’autres administrations. Le rôle que jouent les enseignants dans la société, en transmettant aux jeunes les clés nécessaires pour exercer leurs métiers futurs et assumer leurs responsabilités de citoyen, est fondamental et doit être mieux reconnu par la Nation.
Propos recueillis
par Jean-Luc Villeneuve
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