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19 février 2004
Contribution du Sgen-CFDT au débat sur l’avenir de l’École
4. L’École de tous
c’est ainsi que nous appelons au Sgen-CFDT l’ensemble des deux grands temps, école primaire d’une part, collège d’autre part, comme étant le cursus commun à l’ensemble des jeunes d’une classe d’âge, avant une poursuite de scolarité plus ou moins longue dans des structures diverses. Cela signifie pour nous qu’il ne doit y avoir avant la fin de la troisième ni sélection, ni orientation ou pré-orientation, ni filière explicite ou implicite, que sur tout ce cursus on apprend ensemble en apprenant à vivre ensemble. Nous sommes donc tout à fait opposés aux dispositifs divers mis en place aujourd’hui au collège dès la quatrième et qui au nom de la diversification produisent en fait de la pré-orientation et de la filiarisation, tout particulièrement pour ce qui est des dispositifs en alternance. |
Les enquêtes internationales, et l’avis du HCEE faisait clairement référence à l’enquête PISA sur ce point, montrent que ce sont les pays qui sélectionnent rapidement, ou qui ont des systèmes scolaires socialement différenciés qui ont les moins bons résultats. Une étude de l’IREDU (Marie Duru-Bellat, Nathalie Mons, Bruno Suchaut) approfondit les résultats de cette enquête PISA aboutissant à la conclusion que toute limitation de la scolarisation ou mise à part précoces de certains élèves, tout groupement par niveau ou filières distinctes, ou encore des phénomènes de ségrégation entre établissements tendent à accroître l’inégalité sociale des performances sans améliorer pour autant le niveau moyen ou même le niveau de l’élite. Absence de filières, de redoublements, système unique, orientation tardive semblent les conditions nécessaires à de bonnes performances éducatives.
La mission de l’École de tous doit être définie en termes de “ formation fondamentale ” pour tous, en termes d’obligation pour l’État de faire acquérir à tous les connaissances et compétences, les savoirs, savoir-faire, savoir être indispensables à tout citoyen du XXIe siècle pour comprendre le monde et savoir porter sur lui un regard critique, agir dans sa vie personnelle, sociale, professionnelle.
Cela signifie que l’objectif de démocratisation du système éducatif doit conduire à une rupture forte dans le fonctionnement du collège. Ce n’est pas au collège que doit se faire ou s’amorcer la sélection des élites. Ce n’est pas au collège que doit se faire l’engagement dans la voie professionnelle. Il y a nécessité de s’engager d’urgence dans la définition du « socle commun devant être acquis par tous pendant la scolarité obligatoire, en articulant finalités, objectifs, contenus. » Le Sgen-CFDT débattra à son prochain congrès de mai 2004 sur une démarche de définition de ce socle à partir de quatre finalités. Acquérir ce socle commun doit permettre à chacun des élèves arrivant au terme de son parcours au collège :
de poursuivre son parcours de formation, dans un cadre scolaire ou non, en vue de l’acquisition à terme d’une qualification professionnelle reconnue, quel que soit le niveau de celle-ci,
d’avoir acquis des clefs de lecture de la complexité du monde contemporain pour pouvoir y porter un regard critique,
d’avoir un réel pouvoir sur son propre devenir,
d’avoir les éléments l’autorisant à être demain un citoyen à la fois solidaire et responsable.
Cette démarche, et la définition des objectifs spécifiques du collège, nous semble essentielle aujourd’hui pour faire du collège le collège de la réussite pour tous, pour que puissent être mises en œuvre efficacement des démarches permettant que l’hétérogénéité ne soit plus vécue dans l’École de tous comme un obstacle aux acquisitions.
La continuité éducative entre l’école et le collège doit être renforcée tant pour ce qui est des acquisitions du socle commun que pour ce qui est des pratiques pédagogiques et éducatives.
Mettre l’élève au centre du système éducatif, démarche déterminante de l’objectif de démocratisation, c’est aussi prendre en compte dans les démarches d’apprentissage et les modalités pédagogiques mises en œuvre dans l’École, les différences entre personnes, la diversité socioculturelle, cognitive, les différences de rythmes d’apprentissage. Cela signifie pour le Sgen-CFDT la nécessité de :
relancer de la politique des cycles à l’école (y compris pour lever les obstacles à la mise en œuvre des nouveaux programmes). Les orientations qui sont prises actuellement concernant le CP, en termes de redoublement ou même de lutte contre l’illettrisme, nous semblent tout à fait décalées par rapport à cette nécessité.
développer et rendre plus opératoires les dispositifs favorisant la prévention et la remédiation des difficultés particulières (Rased, ...) et l’intégration des enfants et jeunes concernés par un handicap (structures et formation des personnels).
mieux articuler les projets de l’École et ceux hors l’École dans le cadre des contrats éducatifs locaux en particulier, et développer les pratiques culturelles en les reliant aux apprentissages.
mettre en œuvre des modalités d’apprentissage qui fassent de l’élève un acteur de ses apprentissages et des façons d’aborder les contenus qui favorisent la perception du sens des apprentissages et l’acquisition progressive de l’autonomie.
De ce point de vue des démarches de type TPE au lycée ou IDD au collège nous semblent devoir être préservées dans leur identité (ce ne sont pas des dispositifs de remédiation), soutenues dans leur mise en œuvre (temps et formation) et développées. De manière générale, diversification et différenciation pédagogiques sont essentielles si l’on veut favoriser la réussite de tous sans que l’hétérogénéité soit vécue de façon négative. Pour le Sgen-CFDT, la classe hétérogène doit rester le principe d’organisation des établissements, mais le recours à des groupes à géométrie variable, en fonction des besoins et des projets doit pouvoir être régulier.
développer les dispositifs et modalités « d’accompagnement » du travail de l’élève et de son parcours : suivi individualisé et tutorat doivent se développer, en particulier au collège.
L’élève doit pouvoir trouver à l’École les « ressources » dont il peut avoir besoin, qu’il s’agisse de l’aide des équipes éducatives, ou du « matériel » dont tous ne disposent pas toujours nécessairement chez eux.
recourir davantage à une évaluation formative et progressive, à des modalités d’évaluation visant davantage les compétences (et pas seulement les connaissances).
développer les possibilités (à la fois dans les contenus, les modalités d’apprentissage mais aussi par des démarches spécifiques d’information) d’aider les jeunes à progressivement construire leur projet personnel.
enfin, il nous semble essentiel et urgent que soient définis clairement les objectifs spécifiques d’un collège qui ne doit plus être pensé comme la propédeutique au lycée général, le lieu où se fait le tri et la sélection mais qui doit être affirmé comme le cursus fréquenté par toute une classe d’âge, sans orientation, sans sélection, et à la fin duquel les élèves auront tous acquis les éléments du socle commun.
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