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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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20 décembre 2002

Dans un contexte de vives critiques à l’égard de la formation des enseignants, Philippe Meirieu, directeur de l’IUFM de Lyon, rappelle les principes qui doivent guider les formateurs des nouveaux collègues. Propos militants.

L’attaque contre la formation professionnelle des enseignants est aussi vieille que l’école elle-même. Curieusement, ceux qui s’y livrent préconisent pour la formation des maîtres le modèle du compagnonnage, alors même qu’ils valorisent pour les élèves le modèle encyclopédique au détriment des méthodes actives. Ils ne disent pas, bien sûr, que la suppression de la formation des maîtres constituerait un important gain de moyens... Les IUFM sont sans doute perfectibles. Si l’on veut y développer une professionnalité globale de l’enseignant, il faut prendre au sérieux la réflexion qui s’y mène et y mettre les moyens.

Quels enjeux, quels défis ?

La formation des enseignants répond à un double défi : quantitatif, puisqu’il va falloir dans les cinq prochaines années renouveler 180 000 personnes ; qualitatif, puisqu’on forme des enseignants qui enseigneront à des enfants qui vont naître en 2035... La formation doit contribuer à la construction d’un service public de qualité.

Quel modèle ?

La formation des enseignants doit être une formation d’adultes. Les formés sont parties prenantes de la conception, la régulation et l’évaluation de la formation, au cours de laquelle se multiplient les ressources formatives, par des réseaux d’échanges et la mutualisation des acquis. L’évaluation n’y est pas un parcours du combattant infantilisant : elle sert à se repérer et à se dépasser. La formation favorise l’autonomie et les initiatives des acteurs.

La formation des enseignants doit être une formation professionnelle, centrée sur l’action, articulant projet et acquisition de compétences techniques. Le projet professionnel, c’est à la fois instituer l’École, telle que la définit O. Reboul - un espace public structuré sur ce qui unit et libère les hommes -, et construire le rapport à la vérité et au collectif.

La formation des enseignants doit être une formation universitaire où les savoirs sont abordés sous un angle critique et où celui qui se forme est dans une posture de problématisation et de validation d’hypothèses, dans le mémoire professionnel par exemple. On y pratique des formes d’écriture professionnelle qui permettent la discussion scientifique.

La formation des enseignants doit être une formation par alternance, non pas une juxtaposition de théories (à l’IUFM) et de pratiques (en stage), mais un processus d’allers-retours, avec ajustements progressifs et un travail permanent sur le lien entre décisions et enjeux. La prise de décision dans la classe n’est jamais innocente : elle constitue un enjeu au niveau des apprentissages, du projet culturel, des modèles sociaux, mais aussi au niveau éthique et politique. Il faut interroger ces enjeux aussi sur le long terme, dans les préparations pédagogiques et didactiques, dans l’analyse de pratiques et la reprise immédiate...

Quelle place pour les IUFM ?

Il faut donner aux IUFM les moyens de remplir leur mission : on réduira alors l’écart entre l’enjeu de civilisation qu’est la formation des enseignants et le traitement technique et politique qui en est fait.



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