logo retour accueil

Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
et de la Recherche publique


|

Accueil >>Métiers >>Enseignements artistiques : pour qu’ils vivent à l’École

19 mai 2004

Professeur d’éducation musicale en collège : peut-être des souvenirs vous reviennent-ils. Le prof de maths qui faisait « ?office de ? » et profitait de cette heure pour faire une petite révision des fractions ou bien encore le bazar généralisé au cours duquel on pouvait se payer de bonnes parties de cartes.

Aujourd’hui, heureusement, cette caricature a fait place à un enseignement basé sur le plaisir musical partagé dispensé par des spécialistes qui aiment leur travail.
Pourtant la parodie se fait prégnante. Alors permettez-nous de vous inviter à un petit moment en cours de musique de collège pour aider à estomper cette caricature...

Cours de chant

Il est 10 heures, les élèves de 3e entrent. Bonjours réciproques. « C’est aujourd’hui l’évaluation du chant, Monsieur ? » Un hochement de tête. « Vous enregistrez toute la classe ? » «  Comme d’habitude...  ». Les élèves installent les chaises en demi-cercle face aux micros. Pratique collective par excellence, le chant appris en classe est un élément fondamental dans le cours d’éducation musicale.

La voix, miroir de l’âme ? Pour l’adolescent, l’accepter, c’est s’accepter, tout au moins en partie. Avec 16 ?garçons et 7 filles, la polyphonie n’est pas facile à mettre en place pour cette chanson de Police, Every breath you take.
Heureusement, un groupe de 4 garçons a accepté de chanter en voix de tête pour assurer la troisième voix aiguë. Souplesse vocale, vaincre les clichés, confiance en soi. « Je peux jouer de la basse ? » « Et moi, de la batterie ? » Non, le travail n’est pas assez avancé pour évaluer le chant avec l’accompagnement des élèves. Cela ne fait pas partie du travail d’aujourd’hui. Avant l’évaluation, il faut retravailler chaque partie avec les critères d’évaluation qui y sont associés...

Silence, on enregistre !

«  Maintenant, c’est l’évaluation. Silence, on enregistre tout en continu ! »
1re strophe : les garçons seuls. Justesse, unisson, articulation.
2e strophe : les filles seules. Idem.
1er pont : continuité de la couleur vocale (les garçons dans l’aigu puis les filles enchaînent dans le grave, les garçons qui le souhaitent les doublent en voix de tête assurant ainsi l’homogénéité du timbre vocal).
3e strophe : effet d’amplification. Garçons et filles à l’unisson mais séparés par l’octave car la plupart des garçons ont mué.
2e pont : «  Since you’ve gone... » Articulation, précision rythmique, énergie. C’est le point culminant. On donne le maximum. C’est difficile, la langue rebute.

Accentuez ! Ce n’est pas du français. Mais, oui, c’est vrai, cette classe ne bénéficie pas comme en quatrième d’un IDD (itinéraire de découverte) sur la musicalité de la langue anglaise. Dommage. Ils s’accrochent. Même Émilien semble s’y mettre. S’il fait du play-back, je suis trompé. Les techniques d’apprentissage ont été finalement efficaces.

1er pont à nouveau. La dernière strophe s’enchaîne. Enfin arrive la coda. Accro-chez-vous ! Polyphonie à 4 voix. Vont-ils retrouver leurs notes de départ ? L’ostinato à 3 voix est installé, les garçons affirment la 4e voix : « I’ll be watching you »...
La musique s’arrête. 5 secondes de silence minimum.
Je stoppe l’enregistrement.

Asseyez-vous !

Commence l’écoute critique. Chacun reconnaît sa voix ou celle du voisin, certains grimacent ou sourient. Un élève sur l’ordinateur contrôle la lecture de cet enregistrement numérique. Les critères sont évalués un à un par les élèves.
L’enregistrement ne pardonne rien : eux non plus. Leur écoute est fine, précise, rigoureuse. Par-là, ce n’est pas assez articulé ; ici, cela manque de soutien (ce diaphragme !). L’expression est satisfaisante, l’investissement dans l’ensemble correct, la polyphonie en place malgré la difficulté.
« Quelle note mettriez-vous à la classe ?  » Nous n’avons qu’un seul point d’écart, mais ce sont eux qui sont les plus exigeants.

Bilan

Il est 11 ?h. Les élèves sont sortis. Je refais le point sur ce cycle autour de la polyphonie vocale commencé il y a 5 semaines. Objectifs et compétences travaillés et évalués pour ce cycle :

  • rappel des différents types de voix (vu mais non évalué) ;
  • percevoir une polyphonie homorythmique (évalué) ;
  • percevoir une polyphonie contrapuntique (non évalué) ;
  • accepter et chanter en voix de tête (pour les garçons) ;
  • chanter en polyphonie homorythmique (évalué) ;
  • chanter en polyphonie contrapuntique (évalué - canon 1 par voix) ;
  • analyse sur l’écoute Belle et ressemblante de Poulenc ;
  • objectifs transversaux : maîtriser sa voix ; maîtriser son souffle ; travailler l’articulation ; favoriser l’expression.

Exceptionnel ? Étonnant ? Pas du tout, le quotidien. C’est vrai que nous sommes loin des descriptions affligeantes du rapport Juppé-Leblond . Il est urgent de rappeler à tous que l’éducation musicale au collège n’est en rien différente des autres matières.

C’est un enseignement à part entière, pratiqué par des enseignants formés, encadrés par des inspecteurs compétents. Cela signifie programmes, contenus, objectifs, pédagogie, évaluation, technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (Tice)... Mais aussi une certaine dose d’imprévu et d’émotion, bref d’humanité.



Imprimer

thèmes abordés


Dans la même rubrique

[ Les autres ]