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11 juin 2004

Éducation : des actes ! Plateforme commune des associations, syndicats d’enseignants, lycéens, mouvement d’éducation populaire

Du fait de leur orientation sexuelle, réelle ou supposée, d’un comportement différent du modèle considéré comme “ traditionnel ” associé à leur genre, de nombreux jeunes se sentent rejetés, et/ou subissent incompréhension, rejet ou brimades. Le plus souvent par ignorance, les jeunes eux-mêmes reproduisent des schémas de pensée, tiennent des propos, ou adoptent des comportements homophobes, lesbophobes et/ou transphobes. Ce climat, où l’homosexualité et le transgénérisme sont l’objet de dérision ou de violence, conduit de nombreux jeunes gais, lesbiennes, trans ou plus souvent en questionnement quant à leur orientation sexuelle ou leur identité de genre à s’autodévaloriser et à adopter des comportements à risques. Ainsi plusieurs études soulignent la prévalence des tentatives de suicide chez ces jeunes.

Le système éducatif dans son ensemble joue un rôle essentiel dans la formation de l’individu, et en particulier au moment de la construction de l’identité des adolescents.

Les discriminations racistes, antisémites ou xénophobes sont déjà prises en compte dans la formation des personnels éducatifs ainsi que dans les programmes et les manuels scolaires, même si ce combat reste toujours à poursuivre plus efficacement encore.

Concernant les discriminations envers les personnes LGBT (Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans), les rares circulaires produites par le ministère de l’Éducation nationale ne se traduisent pas en actions concrètes sur le terrain, du fait de l’absence de pilotage. Bien au contraire, la plupart des collèges et des lycées restent fermés sur ces questions et continuent de promouvoir un modèle social à la fois partriarcal et hétérocentré. Les programmes scolaires, de la littérature à la biologie, ignorent très souvent l’homosexualité ou les questions liées à l’identité de genre. Cette dénégation a pour conséquence l’absence de modèle ou de référent positif offert aux jeunes pour construire leur identité. En éducation physique et sportive, les stéréotypes de genre peuvent être renforcés du fait que certaines activités sont parfois encore réservées seulement aux garçons, ou seulement aux filles.

L’éducation à la sexualité et à la vie, mis à part le nombre dérisoire d’heures qui lui est alloué, n’aborde l’homosexualité que de manière très succincte, en rappelant au respect de la sexualité de chacun, qui est du domaine de l’intimité, et en précisant que la sexualité est de l’ordre du ressenti.

Ensemble, dans un esprit laïque et républicain, nous souhaitons construire une société respectueuse de la diversité, et cela passe par l’éducation, de l’école à l’université. Nous demandons :

-  qu’une réforme des programmes et des manuels scolaires soit menée afin que :

  • l’orientation sexuelle ou l’identité de genre cessent d’être un tabou ou un objet de dérision ;
  • l’école cesse de véhiculer des clichés sexistes et d’assignation de genre qui renforcent l’idée que certaines activités, emplois, jeux ou rôles sociaux seraient réservés à un seul sexe ;
  • la persécution et la déportation des homosexuels lors de la seconde guerre mondiale soient étudiées lors des cours d’histoire ;
  • l’éducation physique et sportive soit un lieu d’épanouissement pour les jeunes en veillant à ce que les activités proposées ne renforcent pas les stéréotypes de genre ;
  • les étudiants et les élèves soient impliqué-e-s dans la lutte contre toutes les discriminations ;

-  que l’éducation à la sexualité soit vraiment dispensée à tous les niveaux de la scolarité comme l’impose la loi, et aborde enfin leS sexualitéS et les identitéS dans leur diversité, et ne se limite pas à la nécessaire éducation à la contraception et à la prévention des IST (infections sexuellement transmissibles) ;

-  que les établissements scolaires et les associations sportives et d’éducation populaire inscrivent dans leurs règlements le refus des discriminations sexistes, homophobes, lesbophobes et transphobes, et que les adultes soient formés pour intervenir lorsqu’ils sont témoins d’une discrimination ;

-  que les règlements intérieurs des résidences universitaires traitent à égalité les couples quelle que soit leur orientation sexuelle ;

-  que la formation initiale et continue des enseignants et des éducateurs prévoit des modules d’information sur toutes les discriminations ;

-  que les infirmier-e-s, médecins et personnels sociaux soient formé-e-s à répondre à des demandes spécifiques de jeunes LGBT ou en questionnement, et sachent les réorienter vers des associations le cas échéant ;

-  que soient examinées les demandes d’agrément déposées auprès des rectorats ou du ministère par les associations LGBT qui ont une réflexion et une expérience en milieu scolaire, afin qu’elles puissent intervenir comme partenaires au sein des établissements scolaires ;

-  que les associations étudiantes LGBT bénéficient des mêmes conditions que les autres en matière de locaux ou de subventions ;

-  que le soutien aux soirées étudiantes soit conditionné au refus de toute pratique hétérocentrée et sexiste des organisateurs (tarification différente pour les hommes et les femmes, strip-tease, utilisation systématique du corps des femmes sur les affiches...) ;

-  que soient affichés dans tous les établissements scolaires les numéros des lignes d’écoute à destination des jeunes en questionnement sur leur orientation sexuelle ou leur identité de genre ;

-  que l’on réfléchisse à l’intégration par la “ Semaine d’éducation contre le racisme ” de l’ensemble des discriminations pour devenir la “ Semaine d’éducation contre les discriminations ”.


Signataires de la plateforme (au 8 juin, 6h45)

Inter-LGBT (Interassociative Lesbienne, Gaie, Bi et Trans)
UNSA Éducation (Union Nationale des Syndicats Autonomes)
Sgen-CFDT (Fédération des syndicats généraux de l’Éducation nationale et de la Recherche publique)
FSU (Fédération Syndicale Unitaire)

LMDE (La Mutuelle Des Étudiants)
FIDL (Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne)
UNL (Union Nationale Lycéenne)

Ligue de l’Enseignement
La Maison des Enseignants

ILGA-Europe (International Lesbian and Gay Association)

Couleurs Gaies, centre LGBT de Moselle
David et Jonathan
Moules frites, fédération nationale des associations de jeunes et étudiant-e-s LGBT


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