logo retour accueil

Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
et de la Recherche publique


|

Accueil >>Sgen-CFDT >>Propositions >>En finir avec le redoublement

12 mai 2005

Témoignage d’une enseignante

Conseils de classe de seconde, deuxième trimestre. Comme tous les ans, il ne s’agit pas vraiment de faire le bilan des semaines écoulées ni de conseiller les élèves de manière à leur permettre d’améliorer leurs résultats : ce qui préoccupe tout le monde, adultes et jeunes, c’est l’avis d’orientation provisoire que la noble assemblée doit donner. Comme tous les ans, il s’agit de faire entrer des parcours, des qualités et des difficultés individuels en priorité dans les classes de première proposées au lycée, parce que toute réorientation ou proposition « exotique » risquerait de ne pouvoir aboutir faute de places offertes alentour. Comme tous les ans, pour les élèves faibles ou parvenant avec peine à la moyenne, le choix se restreint à une triste alternative : passage au niveau supérieur en espérant que le sérieux suppléera les connaissances mal assurées ou... redoublement en pariant que la répétition du même programme à la même vitesse aura des vertus bienfaisantes. Comme tous les ans, il faudra se résoudre à « faire passer » celles et ceux qui parviennent à des notes acceptables sans travailler d’arrache-pied et à « donner leur chance » à celles et ceux qui, plus lents, moins brillants mais tellement méritants, n’ont pas eu assez de temps en vingt petites semaines pour faire la preuve qu’ils survivraient à un passage au niveau supérieur.
Comme tous les ans, le conseil de classe présentera le redoublement comme un espoir de « réussite différée » sans trop s’attarder sur la dizaine d’élèves qui doublent déjà et pour qui une deuxième année n’a souvent apporté que frustration et rancœur et n’aboutira qu’à une orientation par défaut voire à une réorientation, honte et échec suprême, coup de grâce porté en baissant les yeux et en passant vite au cas suivant.
Car personne n’est dupe de cette mascarade. Tous, les élèves les premiers, savent que le redoublement ne permet que rarement de reprendre pied, souvent ne résout rien, parfois aggrave le sentiment de « ne pas être à sa place en lycée ». Tous savent que, malgré le discours officiel qui prétend que tout est encore possible au troisième trimestre, les dés sont jetés pour la grande majorité des élèves et ce depuis des mois déjà. Certains collègues réclament le droit de faire redoubler en toute liberté ; plus nombreux mais moins médiatiques sont ceux qui sortent des conseils de classe un goût amer à la bouche, persuadés que tout n’a pas été tenté pour faire progresser les élèves, pour leur donner confiance en eux, pour leur laisser le temps de réussir. Persuadés que le redoublement ne sert pas à grand chose et qu’il faut inventer autre chose.



Imprimer

Dans la même rubrique

[ Les autres ]