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12 mai 2005
Construire une alternative
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D’autres voies sont possibles. Les réponses sont pédagogiques, en plaçant
le travail de l’enseignant au cœur même de la réflexion.
en amont de l’échec
Sur la question du redoublement, le divorce entre chercheurs d’une part, praticiens et usagers d’autre part est patent. La diffusion des recherches, mais aussi celle des expérimentations est l’une des faiblesses les plus criantes du système éducatif, mais elle n’explique pas tout. Pour Marie Duru-Bellat, le redoublement « révèle un manque d’imagination » et si l’on peine à trouver d’autres modes de remédiation que la répétition, c’est sans doute que la solution est ailleurs.
Fonctionner en cycles
Le redoublement continue d’être utilisé parce que les enseignants n’ont pas d’autre alternative tant que la progression des élèves est rythmée par ce que Jean-Jacques Paul appelle la « scansion annuelle ».
C’est particulièrement vrai dans le second degré, mais la pratique des cycles à l’école primaire, même si elle est plus répandue, est encore loin de répondre aux objectifs affichés par la loi de 89, approuvée par le Sgen-CFDT. Pour lutter en amont de l’échec, il faut donner leur chance aux rythmes d’acquisition de chacun, rythmes qui diffèrent suivant l’âge, mais aussi la matière étudiée.
La loi Fillon, si elle autorise de nouveau le redoublement annuel, n’interdit pas formellement de continuer à fonctionner en cycles. Au primaire, les conseils de cycle peuvent organiser les apprentissages sur trois ans. Au collège, les programmes disciplinaires continuent de scander les acquisitions sur un rythme annuel. Mais la loi autorise les conseils pédagogiques à proposer des « expérimentations ». Le développement de ces expérimentations permettrait enfin de faire des « cycles du collège » autre chose qu’une simple déclinaison administrative.
Diversifier les apprentissages
La prise en charge collective du suivi individualisé des élèves est indispensable pour détecter à temps les difficultés et éviter la reprise à l’identique sous forme de redoublement ou de cours particuliers de ce qui n’a pas fonctionné.
Le soutien scolaire sous forme de programme personnalisé de réussite éducative (PPRE) ne résout pas mieux que le redoublement les difficultés scolaires. Seule la pratique d’une pédagogie qui permet des apprentissages différenciés est en mesure de faire accéder chacun aux savoirs et compétences du socle commun.
Cela suppose notamment de raisonner par groupes de compétences, d’adapter la taille des groupes aux compétences visées.
Cela suppose aussi que les situations d’apprentissage soient construites de plusieurs manières pour donner aux élèves différentes voies d’accès. Non pas viser des niveaux différents, mais offrir des modes d’apprentissages divers pour arriver au même niveau d’exigence.
Changer les pratiques d’évaluation
Pour redonner du sens aux apprentissages, retrouver le plaisir d’apprendre, il faut en finir avec la note comme seul mode d’évaluation. Relever le niveau des élèves comme pour faire une carte météorologique de la classe n’a pas de sens.
L’évaluation doit permettre à l’élève de se situer dans une progression qui varie suivant les savoirs et les compétences en cours d’acquisition. Par exemple, l’expérience du portfolio, initialement conçue pour les enfants du voyage, inspirée des artistes et des étudiants des Beaux-Arts qui constituaient un dossier de leurs meilleures productions est intéressante. Elle permet à l’élève la réflexivité sur son travail et ses processus d’apprentissage puisqu’il fait le choix des travaux qui reflètent sa progression et ce à quoi il est arrivé.
Travailler en équipe
Tout ce qui précède ne peut se concrétiser que dans le cadre d’un travail en équipe, lui-même modulable : équipes de cycles, équipes disciplinaires, thématiques... et cela à l’école comme au collège.
La tâche paraît immense, mais l’investissement initial, en temps et en énergie, est rapidement compensé par un suivi facilité des élèves et le plaisir de permettre aux compétences diverses de se manifester. De plus, chaque équipe n’est pas obligée de tout réinventer dans son école ou établissement et la mutualisation des réussites est une exigence que le Sgen-CFDT avance depuis longtemps.
Exigence encore, celle d’un temps de concertation suffisant et son inscription dans le temps de service des enseignants.
Une pareille organisation nécessitera bien-sûr quelques modifications architecturales des établissements, mais lorsqu’il ne restera plus que cette question à régler, beaucoup de progrès dans le plaisir d’enseigner et celui d’apprendre auront été accomplis.
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