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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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11 octobre 2005

PE numero 149

Philippe Frémeaux est directeur de rédaction d’Alternatives Economiques qui fête en 2005 son vingt-cinquième anniversaire.

Comment définiriez-vous le positionnement spécifique d’Alternatives Économiques au sein de la presse économique ?

Alternatives économiques n’est pas vraiment un magazine économique, c’est plutôt un magazine d’information générale économique et sociale. Denis Clerc, notre fondateur, est parti de l’idée que l’économie était devenue une chose trop importante dans la vie collective pour être laissée aux seuls décideurs et autres spécialistes et devait au contraire être au centre du débat politique ; il a donc lancé un magazine permettant à l’ensemble des citoyens de mieux comprendre les questions économiques et sociales, en dépit de leur technicité. Notre conviction est qu’il n’y a jamais « une seule politique possible » comme l’affirment trop souvent les responsables politiques ou patronaux. Au contraire, il existe, sur chaque sujet, différents choix, d’où notre titre : Alternatives Économiques. Dès l’origine notre journal a donc eu une dimension didactique, qui traduisait notre souci d’expliquer simplement, mais sans simplisme, de manière à être compris par tous. C’est ce qui a fait qu’au fil du temps, il a été saisi par un nombre croissant d’enseignants comme un outil pédagogique.


Votre magazine est utilisé par les enseignants, quel retour en avez-vous ?

Alternatives économiques est très lu en milieu enseignant, il est utilisé comme outil pédagogique ; d’ailleurs notre compétence est reconnue par l’institution, puisque nos archives sont éditées par le CRDP de Montpellier, en cédérom, et c’est en collaboration avec ce même CRDP que nous allons prochainement rendre accessibles nos archives en ligne. Nous travaillons également pour le compte de l’Onisep en réalisant des guides pratiques sur les métiers et l’accès à l’emploi, qui vulgarisent les travaux du ministère du Travail, ou du Céreq. Les enseignants de SES, d’Économie-gestion, mais aussi les historiens géographes, lisent notre mensuel et le font lire à leurs élèves. Alternatives Économiques ne se substitue évidemment pas aux manuels, mais c’est un moyen de faire pénétrer l’actualité dans les classes, pour la mettre en résonance avec les notions plus fondamentales transmises par les professeurs. D’ailleurs je fais partie de ceux qui regrettent la suppression partielle des TPE, pour lesquels notre magazine était sans doute un outil privilégié, parmi d’autres. Enfin, il est bon de rappeler que les enseignants sont aussi des citoyens et qu’un grand nombre d’entre eux ont des responsabilités associatives, syndicales, ou d’élus locaux. Ils trouvent dans Alternatives Économiques la synthèse sur l’actualité économique et sociale dont ils ont besoin.


Quel est le point de vue d’Alternatives Économiques ou le vôtre sur la marchandisation des savoirs ?

Marchandisation des savoirs, marchandisation de l’École ? C’est une question qui peut être abordée du point de vue international, à travers les négociations en cours à l’OMC sur le commerce des services. Mais mon souci principal est l’introduction du mécanisme marchand dans l’École publique elle-même. Du fait de la crise et de l’angoisse des familles devant le chômage et la difficile insertion des jeunes, l’École se trouve maintenant confrontée à des familles qui ne se comportent plus comme les usagers d’une institution, mais comme des clients d’un service. Une partie des familles ont une attitude consumériste et celles qui en ont les moyens font jouer la concurrence : contournement de la carte scolaire qui conduit à des ségrégations spatiales, choix des lieux de formation, petits cours multiples le soir et pendant les vacances... Certaines cumulent ainsi tous les moyens de la réussite et d’autres se trouvent exclues de ce circuit. La réponse à cette situation n’est pas d’interdire, mais de se battre pour développer une offre de qualité qui réponde aux attentes des familles des milieux populaires comme des couches moyennes, tout en satisfaisant les besoins sociaux : former des citoyens aptes à exercer pleinement leurs droits démocratiques, former des actifs disposant des compétences pour accéder à l’emploi et continuer à se former tout au long de la vie.


Alternatives Économiques a pris ouvertement position pour le traité constitutionnel européen, comment analysez-vous les résultats ?

Alternatives Économiques a pris position en faveur du oui au référendum sans enthousiasme, dans un contexte où ceux-là mêmes qui appelaient à voter oui, portent une lourde responsabilité dans l’état actuel de l’Union européenne. De fait, le texte même du traité était très en-deçà de nos attentes pour ne rien dire de l’attitude du gouvernement français, s’opposant à toute progression du budget européen ! Malgré ces insuffisances, nous pensions que ce texte allait dans le bon sens en renforçant les institutions de l’Union, considérant que tout ce qui tend à limiter le champ ouvert aux rivalités des États est de nature à rendre l’Union moins libérale ; cependant nous n’attendions pas de résultats immédiats d’une victoire du oui, sachant que ce serait un long processus. Maintenant que le non l’a emporté, nous ne jouons pas les Cassandre. Nous savions bien que, si plan B il y avait, il serait long et difficile à mettre en œuvre. Il faut donc être bon joueur et continuer à se battre pour faire avancer les choses. Car la construction européenne demeure une nécessité historique et le repli actuel des responsables politiques sur l’espace national, dans un contexte où les élections majeures se rapprochent, n’est pas à la hauteur des enjeux auxquels notre pays est confronté, qu’il s’agisse d’agir pour une autre croissance plus porteuse d’emploi et plus respectueuse de l’environnement, de faire face à l’émergence de la Chine ou à l’hégémonie des États-Unis.

Propos recueillis par Marie-Paule Berthon et Catherine Hirschmuller



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