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Fédération
des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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Comment définissez-vous le concept de complémentarité éducative ? Pour définir la complémentarité éducative je partirai d’un constat : l’École ne peut plus, depuis de nombreuses décennies, assumer seule la mission d’éducation, dans une société de plus en plus complexe où elle n’est plus l’unique source et le seul moment de formation et d’éducation. Qu’on l’admette ou non, qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse, la complémentarité éducative est une réalité plus qu’un projet ou une nécessité. De fait, le « partenariat éducatif » est devenu une composante incontournable de l’éducation, de l’instruction et de la formation des citoyens. Qu’il s’agisse en premier lieu des parents, ou d’entreprises, d’acteurs privés, de collectivités territoriales, d’associations locales... Un nombre croissant de « partenaires » revendiquent la complémentarité de leur action avec celle de l’État.
Parfois celle-ci est en cohérence avec l’action de l’École, ses objectifs, ses principes et ses valeurs de référence... Parfois l’impact éducatif est en totale contradiction.
Pour leur part, les associations éducatives complémentaires de l’enseignement public, qui ont pour la majorité d’entre elles été créées par des enseignants et continuent à être encadrées par des enseignants, se situent dans la logique du développement et du rayonnement de l’École publique. Elles contribuent à l’évolution du système éducatif en accompagnant nombre de dispositifs innovants dont elles sont souvent à l’origine. Quelle est la place faite aux associations complémentaires dans la mise en œuvre de la loi Fillon ? La réponse est simple : aucune ! Cette réalité est pour le moins paradoxale et préoccupante. Alors que les questions de formation, d’éducation à la citoyenneté, de laïcité, d’intégration sociale, d’épanouissement personnel de l’enfant et tout récemment de « réussite éducative »... mettent en évidence la nécessité d’une action cohérente et coordonnée des différents partenaires éducatifs, l’École se referme sur ses programmes et ses enseignants. La loi d’orientation ne fait à aucun moment référence aux actions que nous menons dans l’École elle-même, dans les établissements spécialisés et les associations scolaires par exemple, ou en complément du temps scolaire, au sein des ateliers relais, dans les centres de loisirs et de vacances...
Dans la loi il y a l’École et exclusivement l’École... Tout le reste est mis en périphérie : les parents, mais aussi les marchands ou les défenseurs de l’École. Aux enseignants et aux familles de faire le tri. La « complémentarité éducative » est devenue concurrentielle, c’est un bien marchand comme les autres... Aujourd’hui les associations complémentaires poussent un cri d’alarme. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que nous n’acceptons pas cette évolution de la conception de l’éducation, et la dérive « marchande » qui l’accompagne dénature l’éducation, en temps et hors temps scolaire, creuse les inégalités, asservit la communauté éducative et déconsidère les missions et le rayonnement des éducateurs.
Ensuite parce que nous dénonçons l’étranglement financier dont nous sommes victimes : les subventions accordées par l’État aux associations éducatives complémentaires pour mener leur action ne cessent de diminuer. Pour les plus chanceuses d’entre elles (celles qui bénéficiaient d’une convention pluriannuelle), les subventions ont été amputées de 20 % depuis 2001 dont 7 % en 2005. D’autres n’ont reçu à ce jour aucune subvention pour l’année civile.
Enfin parce que nous n’acceptons pas la décision prise par le ministre de supprimer, à la rentrée 2006, huit cents emplois d’enseignants mis à disposition de nos associations. Le ministre justifie cette décision qui constitue une véritable « rupture de contrat » par des raisons « techniques » liées à la mise en œuvre de la LOLF. Nous ne pouvons admettre cet argument. Si l’action de nos associations ne rentre pas aujourd’hui dans les programmes « enseignement scolaire » de la LOLF, il suffit de modifier ces derniers pour reconnaître la place et le rôle que nous tenons dans la problématique éducative.
Nous sommes en fait tout à fait convaincus que cette décision est éminemment politique. Après les associations « jeunesse et sports », les associations « culturelles » qui ont été victimes de la suppression quasi-totale de l’aide de l’État, c’est aujourd’hui le tour des associations éducatives. Vous appelez la communauté éducative dans son ensemble à se mobiliser ; qu’attendez-vous des organisations syndicales plus spécifiquement ? Nous attendons qu’elles informent les enseignants des difficultés que nous rencontrons qui, si elles ne sont pas remises en cause, affaibliront durablement la capacité d’intervention des mouvements laïques.
Nous leur demandons dans le même temps de soutenir l’action que nous menons actuellement auprès du gouvernement et des parlementaires afin que soit présenté devant le Parlement un rectificatif au programme « enseignement scolaire » de la LOLF intégrant les objectifs éducatifs dont sont porteuses les associations.
Nous souhaitons enfin qu’elles demandent au gouvernement de revenir sur les décisions de réduction des moyens et de suppression de la mise à disposition d’enseignants en septembre 2006. Propos recueillis par
Catherine Hirschmuller
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