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Le sujet qui m’est proposé - mesurer la performance - dans le cadre de la LOLF, n’est pas le plus simple pour un non spécialiste de l’évaluation, des statistiques et des indicateurs. Cela dit, je vais tenter d’y répondre d’où je me trouve, au sein de l’administration académique, c’est-à-dire au lieu de l’articulation entre le pilotage national du système éducatif et l’établissement scolaire - école, collège et lycée - où se met en œuvre l’action éducative. Performance éducative La performance. Ce terme a été choisi par le législateur pour marquer sa volonté de mettre en place une procédure budgétaire liée à des objectifs nationaux ambitieux mais accessibles dont les résultats doivent être mesurables. Il est mal adapté à l’Éducation nationale dans la mesure où il correspond à un vocabulaire des sciences exactes - on mesure des résultats incontestables - alors que l’éducation est plongée dans les sciences humaines qui intègrent les incertitudes et les spécificités individuelles et collectives. La performance évoque aussi la compétition à laquelle on préfère l’émulation, le stakhanovisme si éloigné de notre culture et la rentabilité qui nous renvoie à la notion de service public.
Il nous faut retenir que la mesure de la performance est un outil de pilotage, un moyen de nous guider collectivement, de faire en sorte que plus d’un million de personnes, qui chacune se dépense avec compétences et conviction pour la réussite scolaire, aient les moyens de tirer tous dans la même direction et donc d’être plus efficaces. L’évaluation du système éducatif Ces mesures de résultats ne sont pas nouvelles à l’Éducation nationale. Depuis les années 80, des dispositifs d’évaluation du système éducatif ont été mis en place. Depuis quinze ans, la brochure « L’état de l’École » présente chaque année trente indicateurs sur le système éducatif et on se souvient du rapport du Haut Conseil de l’évaluation de l’école qui a ouvert en 2003 le débat national sur l’avenir de l’École.
Ce qui est nouveau, c’est le lien qui va être établi entre des objectifs qui seront fixés par les représentants de la Nation et des indicateurs de résultat qui permettront de savoir si les dispositifs mis en place ont permis une avancée réelle dans la réalisation de nos missions. Trois niveaux de performance La mesure de la performance se met en place à trois niveaux. Le niveau national, d’abord. Chaque programme fait l’objet d’un plan annuel de performance, comprenant des objectifs et pour chacun d’entre eux des indicateurs de réussite. Le niveau académique établit une déclinaison de ces objectifs et de ces indicateurs pour les opérationnaliser, compte tenu des particularités régionales et en se référant au projet d’académie. Enfin le niveau local, qui reste à construire, permettra par circonscription, par district ou bassin, par école et établissement, de travailler sur ces objectifs que la Nation nous a fixés.
Ce troisième niveau est bien entendu le plus important et le plus délicat. Il doit se conjuguer avec les spécificités du service public de l’Éducation. J’en citerai trois : Contractualisation On voit bien que la démarche « lolfienne » ne pourra se mettre en place que dans le cadre d’une contractualisation entre le recteur et l’établissement scolaire. Pour qu’un indicateur national bouge, il sera indispensable que dans chaque unité pédagogique, on puisse se fixer des objectifs qui correspondent à la réalité du terrain. Ce travail est déjà largement développé avec les projets d’école et d’établissement ; il pourra se systématiser, s’institutionnaliser, se contractualiser et s’évaluer avec les indicateurs appropriés.
Cette démarche va vraisemblablement à terme bouleverser profondément la gestion du système éducatif. Il est tout aussi vraisemblable que cela mettra du temps. Un tel changement dans une institution aussi importante prendra plusieurs années. Mais désormais nous y sommes engagés.
J’y vois pour ma part des signes importants : nous sommes très attachés au caractère national de l’organisation de l’enseignement en France, qui est un des principes fondamentaux du préambule de la Constitution de 1946, reprise par celle de 1958. Ces mesures qui redonnent la main aux représentants de la Nation vont dans ce sens. Indicateurs de résultats La définition d’indicateurs de résultats nous contraint à un passage de définitions d’objectifs qui sont une liste d’intentions, à des objectifs opérationnels, c’est-à-dire réalisables et mesurales. Elle oblige aussi à passer d’une culture de la gestion statique à une gestion dynamique qui prenne en compte les évolutions. Le choix des indicateurs peut être discutable, leur pertinence peut être dans certains cas mise en cause, mais le processus en est à son début et des ajustements pourront sans doute être réalisés.
Ces indicateurs seront une base solide d’études, de débats, de concertation avec les différents partenaires. Ils seront vivants parce qu’ils seront déclinés dans le temps sur plusieurs années et dans l’espace aux trois niveaux cités plus haut.
Tous les services gestionnaires de l’Éducation nationale vont devoir s’adapter à ce nouveau mode de gestion. La LOLF, ce sont des compétences nouvelles à acquérir, ce sont des métiers nouveaux qui émergent, ce sont des procédures nouvelles à mettre en place. Gestion et pédagogie Enfin, il faut se réjouir que tout cela se traduit par l’irruption du pédagogique dans la gestion et inversement l’irruption de la gestion dans le pilotage pédagogique.
Jusqu’à présent les pédagogues et les gestionnaires travaillaient en parallèle avec souvent une certaine méfiance de l’autre. Maintenant nos objectifs sont les mêmes, nos métiers apparaissent clairement comme complémentaires, nous avons besoin les uns des autres et, pour ma part, je vois poindre un climat de confiance qui est de bon augure pour l’avenir. Yves Bourgarel
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