Intervention de
Christian Janin
secrétaire fédéral
du Sgen-CFDT
Le Compte-rendu
et les interventions de:
Jean-Luc Villeneuve
Nicole Notat
Jean-Michel Zakhartchouk
Annie Thomas
Christian Janin
Raymonde Piecuch
Françoise
Lebocey
L'ensemble est disponible au format PDF:
CRcolloque.pdf (98Ko)
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Ma fonction dans ce grand jury
est différente de celles des autres participants. Je ne
vais pas apporter de réponses ou d'avis du Sgen-CFDT sur
les questions posées, mais plutôt pointer de nouvelles
questions que m'ont suggéré les interventions précédentes
et sur lesquelles il serait bon que Nicole Notat et Michel Wieviorka
précisent leurs analyses et propositions. A ce stade du
débat, plusieurs questions que j'avais repérées,
ont déjà été abordées par
des intervenants de la salle, je ne les reprendrais donc pas
et me contenterais d'aborder cinq axes.
1. Aussi bien Nicole, en estimant
qu'il fallait faire baisser la pression sociale sur l'Ecole,
que Michel Wieviorka qui a indiqué que les institutions
publiques françaises étaient critiquées
essentiellement pour les promesses qu'elles ne tenaient pas,
ont mis le doigt sur une question importante : quels sont aujourd'hui
les objectifs que la société peut assigner à
son système éducatif ?
Oui, il y a aujourd'hui un vrai débat public à
mener. Dans une contribution interne au Sgen-CFDT, Marie DURRU-BELLAT
a ouvert ce débat avec un titre provocateur, mais qui
pose bien les enjeux "Tous thésard en 2000 ?".
Si comme le Sgen-CFDT et la CFDT l'affirment souvent, l'Ecole
doit apporter une culture commune et une qualification minimale
de niveau V à tous, et si le principe de la formation
tout au long de la vie ne nous pose pas problème, nous
n'avons pas encore, au sein de la CFDT, été au
bout de cette logique et nous n'en avons pas tiré toutes
les conséquences en terme revendicatif. Ne devrions-nous
pas revendiquer que l'Etat consacre moins au développement
de l'enseignement supérieur et redéploie son effort
financier pour la formation continue et la validation des acquis
professionnels ? Il y a urgence à ouvrir ce débat
entre nous et ensuite à le porter vers l'extérieur,
car tout démontre qu'aujourd'hui une telle révolution
est loin d'être acquise.
2. Nicole a insisté tout
à l'heure sur l'absence de stratégie de changement
de notre Ministre et suggéré que la réforme
de l'Ecole représente un beau cas d'école de la
réforme nécessaire de l'Etat. Michel Wieviorka,
pour sa part, préconise un aggiornamento des institutions
républicaines pour sauver les services publics.
Cela convient particulièrement bien au Sgen-CFDT. La nature
des débats de ces derniers mois démontre combien
Claude Allègre manque de stratégie du changement.
Avec lui, c'est le malentendu permanent sur les questions en
débat : de quoi parle-t-on ? Les enjeux sur les questions
éducatives sont tellement complexes qu'à défaut
d'un cadre national bien défini et accepté par
tous, chaque débat à quelque niveau que ce soit
touche à tout et ne débouche donc sur rien, sauf
à constater mille et une fois qu'il n'y a pas de consensus.
Sans redéfinition par le Parlement des missions de l'Ecole,
est-il possible de changer l'Ecole aujourd'hui ? Il me semble
que non, car cela conduit à ce que les spécialistes
de l'Ecole s'accaparent le débat sur ces missions. Si
l'Etat prenait ses responsabilités sur ce point, les personnels
de l'Education nationale, mais aussi les différents partenaires
du système éducatif retrouveraient, me semble-t-il,
les vrais espaces où leurs responsabilités individuelles
et collectives doivent s'exercer. Peut-être alors aurions-nous
une chance de sortir de ce cercle vicieux où une réflexion
de fond sur les "savoirs à enseigner en lycée"
débouche sur un rapport passionnant dont le ministre ne
retient, après de nombreuses tergiversations, qu'une nouvelle
grille horaire dans les lycées ?
3. Michel Wieviorka a considéré
tout à l'heure que la politique de discrimination positive
des ZEP était une des démarches les plus intéressantes
de la part d'un service public pour avancer vers la vraie réduction
des inégalités. Mais dans son livre "Violence
en France", vous pointez aussi l'effet de stigmatisation
et de ghettoisation auquel peuvent aboutir des politiques discriminantes.
Cela pose une question de fond particulièrement déstabilisante
pour nos établissements : un même remède
peut ici solutionner le problème et là l'aggraver.
Il n'y a donc aucun espoir de pouvoir inventer un modèle
de fonctionnement du système éducatif qui soit
pertinent partout et toujours. Il n'y a pas de réforme
sans initiative en bas, a rappelé Nicole. Il faut en finir
avec les normes et les directives, il faut réfléchir
à la capacité de chaque acteur à assumer
ses responsabilités, dit Michel Wieviorka
Le Sgen-CFDT n'a jamais été consommateur de recettes
prêtes à l'emploi, il a toujours considéré
que c'est chaque collectif qui doit se donner les moyens par
son projet d'assumer localement ses responsabilités en
tenant compte du milieu où il est situé. Cela suppose
effectivement l'autonomie des établissements. Or celle-ci
repose aujourd'hui quasi-exclusivement sur la qualité
des chefs. Les projets d'établissement, qui sont sensés
marquer cette autonomie, sont très souvent les projets
du "chef", parfois de deux-trois personnels, malheureusement
trop souvent les projets sont des coquilles vides ou des documents
formels. L'Etat ne doit-il pas aussi, après 15 ans de
décentralisation, faire un bilan exhaustif des moyens
mis en oeuvre pour l'exercice de la démocratie locale,
de la responsabilité de chacun ? Il faut sûrement
revoir les structures locales et la répartition des pouvoirs
à tous les niveaux pour que l'aggiornamento souhaitée
par Michel puisse se réaliser.
4. Notre système éducatif,
nos établissements scolaires sont comme la RATP, dont
a parlé Michel tout à l'heure, incapables de "gérer
les affects". Combien de fois un petit incident, un conflit
mineur, une petite phrase sert de prétexte, fait tout
déraper et fait régresser les pratiques ? Un rien
détruit un travail de longue haleine.
Nous le constatons quotidiennement quand un problème survient,
il est souvent plus simple de le cacher ou a contrario de le
monter en épingle, voire de le médiatiser, plutôt
que de l'analyser calmement, collectivement et de chercher des
solutions. D'une époque où le conflit était
quasiment posé comme constitutif d'un processus d'émancipation
des individus, on en est arrivé à une période
où le moindre signe d'adversité déclenche
des peurs quasiment maladives. Y-a-t-il seulement des solutions
? Une institution peut-elle gérer des affects ? Vaste
question qui n'a jamais vraiment été posée
dans l'Education nationale et au Sgen-CFDT, sauf peut-être
mais je n'en suis pas sûr, par la mise en place des médiateurs.
5. Dans votre livre, Michel Wieviorka,
vous montrez que chaque classe constitue en fait un espace privé,
indépendant, voire même parfois contradictoire avec
l'établissement. Vous décrivez une division du
travail qui affaiblit l'établissement en tant qu'organisation
et qui isole chaque enseignant au point où, quand celui-ci
est en difficulté, il ne peut même pas en parler.
Vous en arrivez presque à considérer que la violence
scolaire est produite par cette division du travail.
Le Sgen-CFDT n'est pas gêné par de telles analyses,
lui qui ne cesse de revendiquer une redéfinition du métier
et un travail d'équipe. Mais je ne suis pas sûr
que ce faisant nous ayons pris la bonne mesure des évolutions
qui s'imposent pour un meilleur fonctionnement du système,
mais aussi dans l'intérêt des personnels. En quoi
nos revendications actuelles cassent-elles l'espace-classe autonome
? En revendiquant un travail d'équipe, n'en restons-nous
pas trop souvent au niveau de la seule coordination des interventions
des différents personnels ? Nos revendications correspondent
à n'en pas douter à un métier mieux articulé
avec celui des autres, mais ne faut-il pas formuler des revendications
d'exercice plus collectif du métier (par exemple : intervenir
systématiquement à plusieurs) ? Si l'on croise
cette problématique avec celle de l'autonomie des établissements,
il se dégage manifestement là encore un vaste chantier
de réflexion pour le Sgen-CFDT.
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