5 juin 1999 Paris La Sorbonne

 

Écrire au Sgen-CFDT

Intervention

d'Annie THOMAS

Secrétaire nationale de la CFDT

 

Le Compte-rendu

et les interventions de:

Jean-Luc Villeneuve

Nicole Notat

Jean-Michel Zakhartchouk

Annie Thomas

Christian Janin

Raymonde Piecuch

Françoise Lebocey

 
L'ensemble est disponible au format PDF:

CRcolloque.pdf (98Ko)

 

Les réponses de l'école

Lorsqu'on évoque les réponses de l'école aux inégalités, il n'est certainement pas inutile de regarder de l'autre côté, lorsqu'on est sorti de l'école. Quelle est la situation du marché du travail ?

La population active s'est énormément transformée en 20 ans et cela soulève d'autres enjeux pour la formation initiale et la formation continue. Aujourd'hui, quel est le niveau de formation de la population salariée ? Les études font apparaître deux points essentiels :
- une population adulte qui ne dispose que d'un faible niveau de formation initiale : 40 % des salariés en 96 ont un niveau de formation inférieur au C.A.P et une population de jeunes où malgré les progrès de la scolarisation de nombreuses difficultés d'insertion subsistent :


- risque d'exclusion,
- absence de qualification reconnue qui menace les personnes en cas de rupture dans la vie professionnelle,
- condamnation des jeunes à une errance prolongée.

La précarité, le chômage, et la mobilité ont cassé les ressorts du système de formation professionnelle. Les inégalités persistantes d'accès à la formation professionnelle subsistent. Elles concernent en premier lieu les ouvriers, les salariés des T.P.E, P.M.E, les femmes.

Aujourd'hui, les salariés sont beaucoup plus tributaires de leurs propres ressources pour construire leur qualification, tout au long de parcours professionnels devenus plus cahotiques.

C'est dans ce contexte que, se situe l'école, et il semble normal que l'école se pose la question de l'emploi qui soutend si fortement la demande sociale à son égard.

Dans cette demande, il y a des évidences, et d'autres points plus cachés. Cette demande est diverse. Elle se situe en filigrane de la question des rapports entre l'école et l'entreprise, par exemple à travers la pression pour un allongement de la formation initiale. C'est un fait connu. Mais aussi par une demande de qualification plus importante et d'un bagage, chargé de faire vivre cette qualification tout au long de la vie, c'est plus positif. Mais, il y a aussi d'autres points plus intériorisés dans la demande sociale, comme l'égalité entre les filles et les garçons. Et de ce point de vue, l'école n'a pas si mal réussi.

Aussi, il me semble qu'une des réponses de l'école, c'est de fournir aux élèves un socle de base qui permet l'entrée dans la vie active, dans la vie sociale mais aussi les retours en formation, la possibilité de s'adapter aux évolutions du monde du travail. Il y a là un enjeu central pour les salariés, mais aussi pour l'école. De plus, si nous parvenons à construire à tous les niveaux de la formation permanente des itinéraires de formation et de promotion sociale, un véritable système de validation des acquis, il est certain que la place de l'école sera autre.

Vous voyez donc que le défi nous est lancé conjointement, nous responsables de l'interprofessionnel et vous responsables d'un secteur professionnel.

C'est pourquoi, il est important que l'école s'ouvre, qu'elle accepte d'être évaluée, et qu'elle pense autrement sa stratégie.

L'école peut s'ouvrir en offrant plus d'autonomie aux établissements, plus d'autonomie aux équipes. Cela peut-il entraîner des changements dans l'organisation du travail ?

Certainement, et il convient d'en débattre avec tous les acteurs concernés.

La nécessité d'évaluer l'institution, les établissements, s'impose. Bien sûr, il ne s'agit pas là du classement rituel des établissements à partir des réussites au Baccalauréat.

Le nombre élevé de rapports, de colloques organisés par l'institution montre à contrario que la fonction d'évaluation permanente du système n'est pas assurée et montre aussi le besoin qui existe.

Aussi, nous proposons une auto-évaluation par les établissements avec leurs partenaires par le biais des conseils d'école et d'administration et en particulier les parents d'élèves, mais aussi les collectivités territoriales dont la responsabilité en terme d'aménagement du territoire est importante, et les élèves eux-mêmes.

C'est un procédé nouveau qui relierait les résultats de l'institution, par exemple un taux de réussite, aux modalités de fonctionnement (par ex. : les études dirigées, les rythmes scolaires) et bien sûr aux coûts engendrés.
Et puis, aussi, nous souhaitons une instance nationale d'évaluation.

Et enfin, après l'ouverture et l'évaluation, le changement de stratégie.

Le diplôme n'est jamais une fin en soi. J'ai déjà insisté très fortement sur le lien entre la formation initiale et la formation continue.
Faire cela, c'est donner d'autant plus de légitimité à notre revendication de " Formation tout au long de la vie ".
L'organisation du travail s'appuie de plus en plus sur la qualification des individus.
Le manque de qualification à l'école à des conséquences graves pour l'adaptation aux postes de travail et aussi pour tous ceux qui retournent en formation.

La situation actuelle de l'emploi marquée par un chômage persistant, la montée de la précarité et de la mobilité mais aussi la recherche de compétences commandent de se préoccuper du niveau de formation des adultes. Comme il convient de se préoccuper du niveau de formation des jeunes sortis de l'école sans qualification professionnelle.

La qualification de tous est nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise. L'école doit connaître et admettre ces évolutions et adapter sa stratégie par exemple par rapport à l'évolution des emplois et des métiers en prévoyant que certains d'entre eux n'existent même pas encore.

Sur ce lien si fondamental entre formation initiale et formation continue, quelques perspectives pourraient voir le jour après la sortie du livre blanc de la formation professionnelle du Secrétariat d'Etat.

Ce diagnostic fait actuellement l'objet de rencontres bilatérales avant une négociation plus poussée.

Deux des quatre propositions du Secrétariat d'Etat attirent particulièrement l'attention de la Confédération CFDT et font le lien avec notre problématique.

L'insertion professionnelle des jeunes
qui demeure une défaillance majeure du marché de l'emploi français.
Si la formation professionnelle peut contribuer à l'insertion, je dis immédiatement que cela n'exclue pas les entreprises de leur responsabilité en terme de recrutement. Nous militons pour le développement des formations en alternance et aussi pour de la cohérence entre les différents dispositifs de professionnalisation des jeunes.

Autre point important :

La question des certifications et le développement des dispositifs de validation des acquis professionnels.

Disons immédiatement que nous plaidons pour une simplification des certifications :
- 650 diplômes professionnels de l'enseignement secondaire,
- 3000 dans l'enseignement supérieur,
- 1600 titres homologués,
- 250 à 300 CQP (certificats de qualification professionnelle),
sans compter les certificats " maison " des entreprises, des organismes de formation

Cette inflation désespère les individus, les entreprises et les organismes de formation de comprendre leur sens et leur logique.

Dans le cadre des rencontres avec le secrétariat d'Etat, et compte-tenu de la confusion qui règne dans le paysage de la certification, nous avons réclamé une table ronde réunissant les ministères concernés et les partenaires sociaux pour faire un état des lieux et vérifier l'évolution future d'un domaine qui est le soubassement de la formation professionnelle.

Concernant la validation des acquis, on voit bien là toutes les questions qui y sont liées :

- la qualification,
- les compétences,
- les différentes voies d'accès,
- les passerelles entre certifications,
- les niveaux de référence,
- la responsabilité de l'Etat et des partenaires sociaux.

Je dis que pour nous, qualification et compétences ne sont pas des concepts interchangeables, ni incompatibles.

Le diplôme est la base, et il doit le demeurer. Pour le reste, il faut refonder la loi de 92 et faire pénétrer la validation en profondeur quantitativement, qualitativement.

Avec son achèvement, on pourra désormais parler de parcours de qualification à côté d'un parcours de formation, à égale dignité.

L'Education Nationale est directement concernée pour bâtir ces mécanismes.
Notre appartenance à une confédération nous donne une dimension unique pour traiter de toutes ces questions.