Les invités du

Sgen-CFDT

 

Écrire au Sgen-CFDT

Première Défenseure des enfants,
Claire Brisset assurait
auparavant les fonctions de directrice de l’information à l’Unicef.Elle
a assuré de nombreux enseignements sur
les droits de l’enfant et sur
la pauvreté , notamment à l’Institut d’Études Politiques de Paris.


Défenseur des enfants
85, boulevard du Montparnasse
75006 - Paris


www.defenseurdesenfants.fr

  • Le Parlement a adopté le 6 mars 2000 une loi instituant un Défenseur des enfants. Le Conseil des ministres du 4 mai 2000 vous a nommée à ce poste pour une durée de six ans. Pour quoi faire ?

    C’est une autorité de l’État, indépendante. Elle ne reçoit d’instructions d’aucun ministère, d’aucune administration, d’aucune autre institution, publique ou privée. Son rôle est de défendre et de promouvoir les droits de l’enfant tels qu’ils ont été définis par la loi ou par la Convention internationale sur les droits de l’enfant ratifiée par la France en 1990.
    Quatre missions essentielles ont été confiées par la loi au Défenseur des enfants : recevoir, analyser et tenter de faire régler des cas individuels qui n’ont pu être résolus par de multiples structures dont dispose la société ; identifier d’éventuels dysfonctionnements collectifs se produisant au détriment des mineurs dans leurs différents cadres de vie ; initier ou proposer des modifications de textes législatifs ou réglementaires, des changements de pratiques, afin que les droits de l’enfant soient respectés ; mettre en place des actions d’information et de formation afin que les adultes et les enfants connaissent mieux leurs droits et puissent les exercer.

  • Comment travaillez-vous ?

    Pour remplir ces missions je travaille avec une équipe pluridisciplinaire de vingt et une personnes toutes mobilisées pour la cause des enfants et issues de différents domaines professionnels : éducation, justice, social...car l’existence des enfants doit être appréhendée sous ses multiples facettes...
    Progressivement, dans les départements se mettent en place des correspondants territoriaux bénévoles. Beaucoup sont de jeunes retraités de l’Éducation nationale. Ces correspondants nommés pour un an, renouvelable. souscrivent l’engagement éthique signé par chaque collaborateur de l’institution et sont naturellement soumis au secret professionnel. Ils participent à des réunions communes de travail. Ils doivent faciliter le traitement des saisines individuelles, alerter sur tout dysfonctionnement, établir des relations de confiance avec toutes les administrations, services publics ou institutions qui interviennent dans le champ de la protection de l’enfance.
    Chaque année, je remets un rapport d’activité au Président de la République.
    Ce rapport analyse des points sensibles, individuels et collectifs et veut inciter les autorités à prendre des dispositions législatives ou réglementaires pour protéger l’enfant.
    Il n’est pas en effet, dans mes habitudes de formuler des critiques sans avoir d’abord examiné les sujets, avoir confronté les points de vue et sans, en même temps, avoir réfléchi à des solutions.

  • Quelles difficultés avez-vous rencontré pour exercer votre activité ?

    Ces difficultés sont de plusieurs sortes. Toute nouvelle institution doit s’inscrire dans le paysage social et il y a beaucoup d’institutions qui s’occupent des enfants : l’Éducation nationale, la Santé, la police, les organisations de parents ....
    Notre spécificité est de traiter les dossiers individuels qui sont dans l’impasse, nous sommes une instance de dernier recours.
    Nous ne traitons pas les situations d’urgence.
    Néanmoins, nous pouvons faire des signalements à l’autorité judiciaire. Nous travaillons aussi en collaboration étroite avec le 119, le téléphone vert national.
    Malgré quelques petites difficultés de début, et après un an de travail avec la Chancellerie nous avons fixé des règles de travail commun.
    Nous n’avons pas à intervenir dans la justice, mais nous avons à avertir les autorités judiciaires.
    Nous dérangeons, mais nous sommes écoutés. S’il faut affirmer des réalités dérangeantes, je le fais. Je dirais qu’une entente s’est installée entre nous et la Justice, nous et la Santé, nous et l’Éducation nationale, nous et l’Intérieur.
    Ainsi, alertés sur des cas précis, nous nous sommes rendus à Roissy pour obtenir que des mineurs étrangers arrivés seuls sur le territoire ne soient pas transférés dans les mêmes lieux que les adultes : cela a dérangé mais nous avons obtenu gain de cause.
    Quand on identifie un problème, on réfléchit en toute liberté et on propose des solutions, mais le remède est à trouver " côté police " comme dans le cas de la prostitution des enfants.
    Sur ce sujet nous avons obtenu que soit engagée une réforme du code pénal qui punira lourdement les clients des mineur(e)s prostitué(e)s. Cette réforme est en bonne voie , indispensable mais non suffisante. Il faut sortir les jeunes de cet esclavage et leur offrir un accueil spécialisé. Il faut que le ministère de l’Intérieur lutte contre les mafias de la prostitution. Ce n’est pas nous qui pourrons le faire.

  • Qu’attendez-vous de l’École ?

    L’École sera le thème que nous traiterons en 2003. La thématique de l’année en cours est la santé. Est posé le problème des enfants handicapés mal accueillis à tous les niveaux dont celui de l’École.
    Quand un handicap est trop lourd il faut une réponse adaptée Il est anormal que les autistes soient accueillis en Belgique et qu’il n’y ait pas assez de structures en France.
    La médecine scolaire est nettement insuffisante, on manque aussi de psychologues scolaires. Les infirmières sont trop peu nombreuses pour répondre aux besoins qui existent. Les souffrances psychiques des enfants et des adolescents ne sont pas convenablement repérées.
    Tout un réseau doit travailler autour de l’enfant et pour l’enfant. J’ai relevé aussi des insuffisances dans la prise en charge du mineur confronté au monde de la prison
    Il y a tout un travail de prévention qui relève de la famille, de l’École, de la Santé, de la police.
    L’adolescence n’est pas une maladie sociale. Elle est une période de recherche, de construction, une période de richesse et nous, adultes devons contribuer à offrir des appuis à ces jeunes.

 

Propos recueillis par Michel Debon