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Marie Duru-Bellat a
débuté dans l'Éducation nationale comme conseillère
d'orientation. Professeur en sciences de l'Éducation depuis 1985,
elle axe ses recherches sur le système éducatif français.
Elle a participé en 1999 au comité de pilotage de la consultation
sur les collèges. Récemment, elle a co-écrit avec
François Dubet L'hypocrisie scolaire (Seuil), un ouvrage qui
analyse la réalité du collège et fait des propositions
pour une démocratisation effective. Plaidoyer en faveur d'une
École pour tous..
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- L'hypocrisie scolaire, un titre fort.
Pourquoi ce titre ?
Il est important de souligner qu'il
n'a pour nous aucune connotation morale. Il traduit simplement notre
irritation face à tous les récents débats médiatiques
sur l'École et l'écart entre la parole et la réalité.
On dit des choses et l'on en fait d'autres, c'est cela la véritable
hypocrisie. Il n'est pas question pour nous d'accuser les enseignants,
ils perçoivent bien tous les jours cette hypocrisie. Nous
avons ressenti chez eux de la souffrance et de la gène. Chez
les élèves, c'est plutôt l'ennui qui domine.
Mais la souffrance est présente aussi chez ces jeunes qui,
pour l'École, ne sont jamais comme il faut. C'est pour toutes
ces raisons que nous nous sommes engagés dans la consultation
sur les collèges. Et aujourd'hui nous sommes déçus
Il reste difficile de dire : "voilà ce qu'il faut faire."
Les structures, on les a. Le problème vient de l'élaboration
des contenus. Ce sont les gens qui en vivent qui les définissent,
c'est-à-dire les enseignants. Ils défendent donc en
quelque sorte leur bifteck, c'est normal. La question à résoudre
c'est comment prendre plus en compte la société civile,
notamment l'avis des parents. Elle est d'autant plus cruciale que
l'écart se creuse entre les attentes des parents et celles
des profs. On assiste à un véritable divorce, il faut
absolument rétablir le dialogue.
- En parlant des contenus, le problème
n'est-il pas du côté des disciplines telles qu'elles
sont définies au collège ?
Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y
a aucune raison qu'on retrouve au collège les mêmes
champs disciplinaires qu'au lycée ou à l'université.
Je ne dis pas qu'il faut les casser mais je pense qu'il faut plus
d'interdisciplinarité, traiter de choses plus articulées
avec la vie quotidienne des élèves. Jusqu'où
aller dans l'initiation disciplinaire ? Je n'ai pas la réponse,
mais je pense que c'est du côté des enseignants qu'il
faut imaginer le changement. Et plus précisément du
côté de la formation au métier d'enseignant
et de l'organisation de leur travail. D'une part, le système
de recrutement des profs basé sur la discipline est, à
mon sens, incompatible avec l'École pour tous (c'est bien
parce qu'on n'a pas renoncé au modèle du lycée
qu'on a tous ces problèmes), et d'autre part il faut rompre
avec cette division taylorienne du travail pour prendre véritablement
en charge les élèves, et pas seulement leur "instruction".
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Dans L'hypocrisie scolaire, vous
parlez de "culture commune". Qu'entendez-vous par là
?
L'idée d'une culture commune,
c'est qu'il vaut mieux se fixer des objectifs que tous les élèves
de 3e peuvent atteindre que de beaux objectifs inaccessibles au
plus grand nombre, quelque chose qui leur serait garanti, et ce
n'est pas parce que c'est commun à tous que cela n'a pas
de valeur. Le problème est la définition de cette
culture commune à acquérir ; ce qui me semble évident
c'est qu'elle doit tenir compte des intérêts des élèves.
Il faut qu'ils puissent s'exprimer, que leur "vraie vie"
ne soit pas complètement à l'extérieur de l'École.
La fonction d'intégration sociale, donc le caractère
commun, est très importante.
- Selon vous, quel serait le levier
fort qui ferait changer les choses ?
Si on veut faire bouger les choses,
outre une évolution du métier d'enseignant et de la
formation, il faut donner un peu plus de liberté aux établissements.
On a un système aveugle, on édicte d'en haut les "bonnes
formes" pédagogiques, les normes, puis on laisse les
gens se débrouiller. Cela provoque irritation et lassitude
chez les enseignants. Ils sont tout à fait en mesure de voir
sur le terrain ce qui intéresse les élèves.
Mais il faut qu'ils puissent à un moment donné évaluer
ce qu'ils font. Or cette évaluation n'existe pas. Il faut
donner plus de place aux innovations mais aussi obliger à
rendre des comptes, et par là assumer complétement
l'autonomie, en payer le prix.
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Vous soulignez l'importance de l'évaluation.
De quelle évaluation plus précisément s'agit-il
?
Il s'agit de regarder de près
tous les projets - les projets des élèves, les projets
pédagogiques, et d'évaluer les effets de ce que l'on
fait. Tout le monde a besoin de cela. Ne pas avoir de retour est
un facteur de démoralisation. C'est en tout cas une des pistes
possible pour essayer de dynamiser le système.
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Quel est
l'objectif essentiel du collège ?
Il faut que les jeunes qui sortent du
collège à 16 ans ne soient pas complètement
perdus, qu'ils puissent aborder une formation technologique, type
brevet d'enseignement professionnel, ou qu'ils puissent envisager
une formation longue. La dimension éducative du collège
doit être davantage valorisée : faire en sorte que
ce soit des jeunes avec qui l'on aimerait vivre ; des jeunes qui
soient à l'aise ensemble et à l'aise avec nous, les
adultes. Il faut du temps pour cela, des interactions avec les familles
plus nombreuses, et que les enseignants soient plus présents.
- Propos recueillis par Michel Debon et Catherine Hirschmuller
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