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Clara Halter dirige
la revue Éléments, consacrée à la recherche
de la paix au Proche-Orient. Dans ses oeuvres, elle ne cesse dutiliser
les lettres. Ses modules microscopiques et répétitifs,
travaillés à la loupe, nont dautre contenu
que lécriture elle-même.
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- Le Mur pour la Paix érigé
sur le Champ de Mars depuis mars 2000 a fait découvrir à
beaucoup l'artiste. Qui êtes-vous et pourquoi cette oeuvre?
Le Mur a été inauguré le 30 mars 2000 par
le Président de la République en compagnie du maire
de Paris. Cest une uvre qui a demandé deux ans
de travaux préparatoires. Larchitecte Jean-Michel Wilmotte
en a conçu la mise en espace et de nombreuses équipes:
maîtres duvre, graveurs, verriers, aciéristes,
etc... y ont collaboré. Jai moi-même travaillé
plus dun an à la concevoir, lélaborer et
laméliorer.
Le ministère de la Culture et la Mairie de Paris mont
apporté leur appui financier ainsi que de nombreux sponsors
du domaine privé.
Pourquoi dédier ce travail à la paix ? Outre la déclaration
de lannée 2000, année de la Culture de la Paix
par lONU et lUnesco, javais pour ma modeste part
de bonnes raisons personnelles de mattacher au combat pour la
paix.
En 1967, à loccasion de la deuxième grande guerre
israélo-arabe je me suis engagée avec plusieurs amis
pour la paix au Proche-Orient. Nous avons créé une revue
Éléments dont javais la charge éditoriale.
Je suis allée sur le terrain en Israël, dans les territoires
occupés, au Liban, en Egypte, etc. Jai rencontré
beaucoup des protagonistes de ce conflit endémique et recueilli
de nombreuses interviews. En 1974, au lendemain de la guerre de Kippour,
jai fait paraître un livre "Les Palestiniens du silence
" aux éditions Belfond.
En 1999, au moment où je travaillais à lélaboration
de ce qui deviendra le Mur pour la Paix, la paix au Proche-Orient
semblait être à portée de main. Aujourdhui,
à entendre les différents protagonistes jai limpression
dêtre retournée 30 ans en arrière. Toujours
est-il quen 1999 bien dautres conflits latents avaient
éclaté: Rwanda, Kosovo, Afrique. De sorte quen
pensant à ce monde en implosion, lidée décrire
le mot "paix" en autant de langues vivantes que le permettaient
les dimensions de luvre ma paru évidente.
Je voulais aussi que le Mur pour la Paix fut interactif, doù
les fentes destinées à recevoir les messages des passants.
Mais une idée encore plus forte mest venue : connecter
le mur à Internet afin que des messages de paix rédigés
par les internautes du monde entier puissent sinscrire sur les
écrans placés sur le Mur à cet effet. Cest
ainsi que le mot "paix" écrit en 32 langues à
travers 14 alphabets a pu être gravé sur deux grandes
plaques de verre et en partie sur le mur en acier ainsi que sur les
32 colonnes qui entourent le Mur.
- Un mur, c'est quelquechose qui se
dresse, et qui peut séparer aussi. Votre uvre a-t-elle
un rapport avec le Mur de Berlin?
Oui, il est des murs qui isolent et séparent comme celui
du ghetto de Varsovie, celui de Berlin, ou celui de Belfast. Ou encore
comme celui qui coupait Jérusalem en deux avant 1967. Isoler,
séparer pour protéger, illustre lambivalence qui
existe en toutes choses. Lon a vu des murs qui parlent aussi.
Celui de Berlin notamment avec ses dessins et ses graffitis, les murs
de dazibao en Chine. Le mur des Lamentations dont je me suis librement
inspirée en la circonstance est de cette nature-là.
Chacun peut déposer dans ses anfractuosités le billet
exprimant le souhait quil voudrait voir exaucer par qui de droit.
Le Pape en a fait la démonstration lors de son passage à
Jérusalem. Je pense aussi à cette tradition japonaise
qui consiste à accrocher aux arbres des bandelettes blanches
nouées en leur milieu, et portant linscription dun
vu.
- Votre démarche artistique ne
s'apparente-t-elle pas à celle d'Internet, telle que vous la
percevez: vous transformez vous aussi une lettre en image...?
Jaimerais revenir à Internet. Il convient de signaler
que le Mur pour la Paix est la première uvre, et la seule
à ma connaissance, à avoir intégré Internet
en son sein. Je voulais placer face à face lécriture
en tant que médium traditionnel de la pensée, de lart
et de la transmission et le nouveau médium Internet qui, à
mon sens, risque bien daffecter, puis deffacer le texte
au profit de limage.
Pour avoir visité pas mal de sites, je me permets de dire que
ceux qui sont composés principalement de textes ne passent
pas lécran. Et je défie quiconque de prétendre
que lon puisse lire avec plaisir un texte sur un écran
comme on le fait dans un livre, hormis bien sûr les documents
techniques ou des archives.
Jajouterais quen prenant connaissance du langage utilisé
par les porteurs de mobiles, on ne peut pas ne pas penser que cest
non seulement la langue écrite, mais également la langue
parlée qui sen va. Je pense que nous vivons un moment
historique : le passage de la galaxie Gutenberg à celle de
Mc Luhan. Nous assistons au moins depuis lalunissage de 1969
à un changement de civilisation.
Dès sa conception le Mur pour la Paix devait me permettre,
premièrement, dexprimer le désir universel de
paix, deuxièmement, de rendre possible la participation de
tous, troisièmement, de mettre en scène cette idée
qui maccompagne depuis longtemps, dune confrontation annoncée
entre lancien et le nouveau mode de vie au travers des nouvelles
technologies dont Internet nest que prolégomène.
Il sagissait donc pour moi, grâce au Mur pour la Paix,
dexposer concrètement ce constat.
Propos recueillis par Michel Debon
et Catherine Hirschmuller
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