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Principale d'un collège sarthois et adhérente au Sgen-CFDT, Marie-Danielle Pierrelée mène un travail dans les établissements difficiles avec le souci d'aides pratiques aux élèves. Elle est à l'origine de l'Auto-école, en Seine-St-Denis et a publié un livre sur les collèges, Pourquoi vos enfants s'ennuient en classe. Elle s'explique sur le manifeste qu'elle a lancé, Pour une École créatrice d'humanité.


En savoir plus, s'impliquer:

www.multimania.com/mdpierrelee/

 


 

 

 

  • Tu as initié le Manifeste pour une École créatrice d’humanité. Quelles ont été tes motivations ?
    Notre École marche mal : malaise dans les établissements, enfants en perdition très tôt, sélection scolaire renforçant la sélection sociale. Cette question n’est pas le problème des seuls professionnels de l’Éducation : elle concerne chacun des citoyens. Comment préparons-nous les enfants à devenir co-responsables du monde que nous allons leur léguer ? C’est dans ce contexte que survient le manifeste, pour faire avancer la transformation de l’École vers plus de justice, d’égalité, de fraternité…
  • Quel est, pour toi, le principal problème du fonctionnement actuel du système scolaire ?
    Une grande partie du malaise de l’École aujourd’hui vient de ce que nous ne savons pas ce que nous y faisons, que nous ne sommes pas d’accord sur ce que nous avons à y faire.
    Aujourd’hui, nous n’avons rien de sérieux sur ce que nous voulons que tous les adolescents connaissent à l’issue de l’École obligatoire (école-collège). Faut-il chercher à développer au mieux les potentiels de chaque enfant ? inculquer une culture commune ? définir les objectifs incontournables en termes d’acquisition ? donner la priorité aux savoirs de base pour tous ? Quelle place faut-il accorder à la transmission des valeurs ? quelles valeurs ? Faut-il dans les classes hétérogènes avancer à un rythme moyen ? ne pas laisser perdre leur chance aux élèves qui peuvent participer avec une certaine chance de succès à la compétition et à la grande lutte pour les places ? Faut-il remettre en cause cette compétition ? la différer ? jusqu’à quel moment ?
    Quelle est la mission fondamentale de l’École obligatoire ? La première demande du manifeste est que se déroule ce débat, auxquels tous les citoyens doivent pouvoir participer parce que c’est collectivement qu’une génération doit décider ce qu’elle veut transmettre d’important à la suivante.
  • Quelle est la démarche que propose le manifeste ?
    Parce que ce débat ne peut pas être que théorique, il est utile qu’il s’appuie sur des réalisations et que soit mise en place une vraie articulation théorie/pratique. C’est dans ce contexte, avant même que les résultats du débat soient tranchés, que doivent se mettre en place des établissements où des citoyens, enseignants, parents, expérimenteront de nouvelles manières de faire : autour d’une idée forte, de l’application des théories de Freinet ou de Lévine, de la volonté de développer la coopération et la solidarité entre les enfants, de la volonté de faire accéder tous les enfants à un niveau minimal de connaissances.
    Cela nous engage donc dans une recherche collective, où l’articulation entre ces établissements et le débat devra être permanente : il s’agit en quelque sorte d’une démarche expérimentale appliquée à l’École dans son fonctionnement même.
  • Quelle autre condition te paraît indispensable pour que le système fonctionne mieux ?
    Nous souffrons beaucoup dans cette institution du peu de retour fiable sur ce que nous faisons : les critères de réussite changent souvent et sont peu explicités.
    Quand une famille cherche à savoir dans quel établissement elle doit inscrire son enfant, il n’est pas rare qu’elle soit éconduite par des discours affirmant une égalité entre tous les établissements : le programme et les horaires garantiraient l’égalité. Du coup, seuls les initiés, ceux qui connaissent le système de l’intérieur, ont accès à l’information.
    Il n’est pas sain que l’Éducation nationale définisse seule (et bien mal) ses objectifs, les mette en œuvre dans la disparité, et s’auto-évalue. Nous sommes en pleine confusion des pouvoirs. De même que le débat sur les objectifs doit être renvoyé à la nation tout entière, l’évaluation des résultats des élèves, les performances des établissements doivent être regardées de l’extérieur par un organisme indépendant de l’institution elle-même.
  • Quelle est l’ambition du manifeste ?
    Les signataires du manifeste se retrouvent sur trois points : débat, expérimentation ouverte conduite par des volontaires sous le regard collectif, évaluation externe.
    Ces demandes n’aboutiront que si elles sont largement relayées par des citoyens les plus divers et pas seulement par les professionnels du débat sur l’École.

    Propos recueillis par Daniel Mansoz

     

Le manifeste peut être consulté et signé sur Internet :